Prostitution : ces gamines qui défient la pudeur

  • De plus en plus, la dépravation des mœurs gagne de terrain à Agadez. Des filles à peines sorties des langes de l’enfance s’adonnent à la prostitution. Rien ne les arrête. Ni la peur des maladies. Ni l’offense à la morale. Comment expliquer cette situation ?  Que faire pour y remédier ? Reportage

 

Samedi soir à Agadez. Par petits groupes, des jeunes de tous âges convergent vers le centre-ville. Tous répondent à l’invitation du tonitruant orchestre « Mazan Daga de l’Aïr ». Devant la salle du spectacle, des groupes de jeunes se bousculent. De l’autre côté, une grande terrasse les attend. A l’intérieur, des scènes obscènes s’y passent. Des voix cassées reprennent en chœur des refrains de l’orchestre. Le chanteur, dès qu’il cite un nom, il est soudain arrosé de billets de banque. L’intéressé lui manifeste ainsi sa générosité. Des fois, des cris de joie dominent les rythmes endiablés que crachent les baffles. Un peu plus loin, des volutes de fumée se mêlent à l’odeur de l’alcool ambiant. Sur la piste des couples s’enlacent. Des mains se cherchent. Se trouvent. Des corps frêles se trémoussent en narguant des compagnons bourrés de bière pour certainement masquer l’odeur insidieuse de la marijuana.

Malgré le froid cinglant, des fillettes à peine vêtues courent dans tous les sens, laissant échapper malencontreusement leur bouteille de bière presque vide. Une technique peut-être pour se faire payer une autre.

Ces fillettes n’ont aucune pudeur. Elles croquent leur âge à belles dents. Heureuses de vivre sous le voile de la nuit, telle des chauves-souris. La majorité d’entre elles ont entre 13 à 15 ans. Pire, analphabètes pour la plupart ou très tôt chassées de l’école. « Certaines ont déjà contracté une grossesse non désirée et abandonné l’enfant à l’amour des grands-parents », explique Issaka, un jeune taxi-moto qui dépense sa recette de la journée tout en se « rinçant » les yeux. « Elles ne viennent pas pour le spectacle seulement mais gagner un compagnon capable de leur donner un peu d’argent après une passe », détaille Issaka.

Ville du nord Niger, Agadez est un important carrefour qui relie le sud du Sahara aux pays arabes au nord comme la Libye et l’Algérie. Ces dernières années, le phénomène de la prostitution ne fait que prendre de l’ampleur. « C’est vrai que la prostitution a toujours existé à Agadez mais ce qui se passe actuellement nous laisse sans voix : des filles de moins de 15 ans qui se donnent au plus offrant, c’est carrément le signe de la fin des temps », confie Oubba Ahmed, un enseignant à la retraite.

De plus en plus des gamines qui se prostituent

Des lampadaires solaires diffusent leur pâle lumière devant le night-club. A la pénombre, un couple se tient à l’écart. Entre eux, une difficile communication. Les deux tourtereaux se parlent chacun dans une langue que l’autre n’arrive point à comprendre. Normal. L’homme est un étranger venu à Agadez pour juste le temps de vendre sa voiture et retourner chez lui en Libye. La fille, une jeune adolescente d’Agadez, teint clair et cheveux laissés au gré du vent, fait de son mieux pour comprendre les propos de l’homme. En vain. Elle essaie de le faire encore craquer en se collant un peu à lui. Difficile conciliabule. Que faire ? Soudain l’homme intime à la fille de ne pas bouger. Moins de cinq minutes après, il revient en courant vers elle, tirant par la main un jeune homme. Il lui parle en arabe. Presque en criant. L’interprète traduit instantanément à la fille. Cette dernière pousse un ouf de soulagement. Elle comprend enfin et répond tout de go. L’instant d’après, les deux hommes et la fille s’engouffrent dans un véhicule flambant neuf. Sans aucune plaque d’immatriculation. Destination inconnue. Tout ce qu’elle sait : elle a gagné un client. Peut-être pour plusieurs jours.

La précarité ouvre la voie à tout

Mlle Halima A. du haut de ses seize ans ne s’offusque pas. « C’est vrai que je suis une prostituée malgré mon jeune âge mais je n’ai jamais choisi de le devenir. Nous avons été abandonnés par notre père au moment où nous avions grandement besoin de lui. Ma mère ne pouvant plus faire face aux charges de la famille, il nous arrivait des fois de dormir à jeun. Pour l’aider, j’ai commencé à vendre d’abord des petits trucs et plus tard mon corps lorsque j’ai compris que les garçons s’intéressaient à ma poitrine ». Des filles de son âge et exerçant le même métier se comptent par centaines à Agadez.

Pour le service du développement social d’Agadez, il n’y a plus aucun doute : « des filles mineures s’adonnent de plus en plus à la prostitution et le motif premier est pécuniaire. Il y a l’envie de s’acheter des objets de valeur, l’envie de s’habiller avec des fringues chères, de s’acheter une moto et bien d’autres choses. Mais en général, c’est la précarité dans certains foyers qui en est la vraie cause ».

Le mariage des enfants indexé

Le mariage des gamines âgées de moins de quinze ans contribue aussi à alimenter le réseau de la prostitution juvénile à Agadez. Le cas le plus illustratif est celui de ces filles données en mariage par leurs parents à des riches commerçants du Nigéria. Ayant versé plusieurs dizaines de millions de FCFA, ces commerçants répudient ces filles une fois leur libido satisfaite. Pour Bilal Afounounou : «  C’est un grave danger. C’est un viol de petites filles qui est légalisé sous nos yeux. Il faut que les autorités en parlent. Quand le commerçant n’en a plus besoin, il renvoie la fille chez elle et cette dernière ayant tout perdu tombe dans la prostitution. L’UNICEF doit vraiment regarder ce qui se passe à Agadez ».

 

DIM

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du Projet NAILA

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