Au Niger, un festival pour contenir les tensions entre agriculteurs et éleveurs

À Tenhiya, dans le centre-est du Niger, la fête n’efface pas les tensions. Elle les expose.

Dans cette commune du département de Tanout, région de Zinder, la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs reste fragile. Une piste mal tracée, un point d’eau disputé ou un champ empiété peuvent suffire à raviver les conflits. C’est dans ce contexte qu’Intchrikten, dans la commune de Tenhiya, a accueilli du 10 au 12 avril 2026 la 3e édition du Festival de la paix en zone agropastorale (FESPAZAP), un rendez-vous devenu central dans une zone sous pression.

« Les ressources partagées peuvent parfois être source potentielle de tensions », a rappelé l’administrateur délégué de Tenhiya, Maman Awal. Pour lui, la paix « n’est pas seulement l’absence de conflit », mais « le sentiment de vivre dans l’honneur et la dignité ».

Les chefs traditionnels en première ligne

Le thème de cette édition place les chefs traditionnels au cœur du dispositif : leurs rôles et responsabilités face aux crises agro-pastorales.

« Les conflits […] entre agriculteurs et éleveurs […] connaissent des épisodes récurrents au cours des campagnes », a souligné le préfet du département de Tanout, le commissaire principal de police, Moussa Souleymane.

Dans ce territoire de plus de 30 000 km², qui comptait près de 730 000 habitants en 2025 selon les autorités locales, la coexistence entre zones agricoles au sud et espaces pastoraux au nord structure les tensions. À l’échelle régionale, celles-ci s’inscrivent dans un espace agro-pastoral majeur : la région de Zinder abrite plus du quart du cheptel national, estimé en 2026 à plus de 16,4 millions de têtes, selon le gouverneur, le colonel Massalatchi Mahaman Sani. La zone pastorale y couvre près de 963 000 hectares, soit environ la moitié de sa superficie.

Présidant l’ouverture, le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, le colonel Elhadji Mahaman Ousmane, a insisté sur le rôle « crucial » des chefs traditionnels, « médiateurs et garants de la stabilité sociale ».

« La paix demeure une condition sine qua non du développement. Sans elle, il ne peut y avoir ni production durable, ni sécurité alimentaire, ni prospérité », a-t-il déclaré.

Les échanges organisés pendant le festival ont porté sur la prévention des crises et la promotion d’une « transhumance apaisée et sécurisée ».

La culture comme terrain d’entente

Sur le terrain, la culture sert de langage commun. Au rythme du tendé, des femmes touareg, assises sur leurs dromadaires harnachés, s’élèvent au-dessus de la foule, tandis que des hommes et femmes peuls, aux visages ornés de motifs géométriques, défilent lentement.

Autour, des stands exposent objets et savoir-faire traditionnels. Des défilés d’agropasteurs et diverses prestations artistiques ont également marqué la cérémonie. Courses de chevaux et de dromadaires, lutte traditionnelle : autant de scènes où, le temps du festival, des communautés que tout oppose parfois partagent un même espace.

Un don qui en suscite d’autres

En marge de l’événement, un appui financier de 400 000 F.CFA, envoyé par un particulier, Yves, a été remis aux autorités au profit de l’école primaire d’Echkar Tagaza, située dans le département d’Aderbissinat (régiond’Agadez). La situation précaire de cet établissement avait été révélée en février dernier par le journal Aïr Info.

Le don a été présenté publiquement par l’honorable Mano AGHALI, président du conseil d’administration de l’ONG HED-TAMAT, partenaire de l’établissement. Il a ensuite été transmis au ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, puis confié au chef de tribu Ifaden pour remise au comité de gestion de l’école. Sur place, le geste a déclenché d’autres contributions spontanées.

Au-delà de son caractère festif, le FESPAZAP s’inscrit dans un effort de dialogue dans une région où l’accès aux ressources continue d’alimenter les tensions. La prochaine édition est prévue à Tesker, toujours dans la région de Zinder.

A propos de Ahmadou Atafa 963 Articles
Journaliste Fact-checker - Blogueur - Communicant basé au Niger.

1 Comment

  1. Of course for me best part of festival would be to see beautiful Ubuntu women of all shades in color of Negroid. There are very serious issues that government must take controlling position at remedying between farmers plus herders. Timely enforcement of rules plus laws are most important. We are our Brothers’ keepers. Africa First People of Books. Henry Author Price Jr aka Kankan

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