Société : Moi, migrant gambien bloqué à Agadez

Plusieurs milliers de jeunes, diplômés tout comme analphabètes tentent la traversée du désert nigérien avec le ferme espoir de franchir un jour la Méditerranée pour gagner l’Europe. A Agadez Ahmed Tarnane du Studio Kalangou a rencontré un gambien. Son portrait. 

Agé de 36 ans, ce gambien originaire de Banjul a quitté son pays en 2013 pour des raisons politiques. Il tenté de rejoindre l’Espagne via le Maroc, mais la tentative s’est arrêté à la ville marocaine d’EL Jadida. Toujours avec le ferme d’espoir de traverser la Méditerranée, ce jeune gambien a fait la navette dans plusieurs pays. Actuellement, il encore du mal à parler des raisons de son aventure. « Je suis parti à l’étranger pour des raisons sur lesquelles je ne veux pas insister…des histoires de passeport et d’autres choses encore. Je suis parti pour atteindre le Maroc via l’Algérie. En Algérie, ça n’a pas marché donc j’ai pris la décision de rentrer. Maintenant, me voici bloqué à Agadez ».
L’aventure dans laquelle ce ressortissant gambien s’est lancé s’est révélée compliquée, risquée, voire dangereuse. Aujourd’hui, il se considère comme rescapé, une sorte de « repêché de la migration » ; le souvenir de son voyage est encore gravé dans sa mémoire. « J’ai vécu plein de choses. J’ai été témoin de choses terribles ; c’était difficile de trouver à manger ; certains n’y arrivaient pas certains jours. Des femmes ont été violées. Des gens ont été blessés. Il y a des gens qui se trouvent aujourd’hui à l’hôpital avec des balles logées dans leurs jambes. Des familles se sont disloquées ; des frères ont perdu leurs parents dans le désert. Et parfois, quand les camions tombaient en panne, on retrouvait tous les passagers morts ».
A Agadez, ville du nord Niger, ce migrant rencontre également des problèmes. Il affirme ne pas perdre courage et espère un jour rejoindre son pays, sa famille et retrouver une vie normale. Car la vie à Agadez reste pour lui un calvaire. « Il y a des problèmes à Agadez ! Je ne parle pas la langue des gens. Souvent c’est difficile de trouver de la nourriture. C’est rare qu’on puisse appeler la famille. Chaque soir, on se couche en se demandant ce que Dieu nous réserve pour le lendemain; mais nous sommes courageux ; je sais que je vais retourner chez moi, retrouver ma famille, mon pays un jour. Alors, on aura la vie d’avant ».
Une vie normale dans sa Gambie natale ? Aujourd’hui, c’est peut-être possible. Au moment de cet entretien, notre interlocuteur ne savait pas encore comment les choses vont changer dans son pays d’origine. Pour la première fois en effet, ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, connait l’alternance. L’occasion, peut-être; pour notre ami d’un nouveau départ.

Ahmed Tarnane

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