Niger/Sécurité :  » Que cela soit clair ! Dans notre république, la stigmatisation des communautés n’a pas de place. La République est inclusive ; elle est aveugle à l’origine ethnique des individus », dixit le Général Mahamadou ABOU TARKA, président de la HACP

Le 9 janvier 2021 a eu lieu un forum sur la paix à Ouallam (région de Tillabéri ) en vue de comprendre les dynamiques qui contribuent à atrophier le développement de la région et font le lit à l’insécurité résiduelle.
A l’entame de cette rencontre, le général ABOU TARKA a fait le diagnostic de la situation qui prévaut et proposé des pistes de solutions durables.
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 » Que cela soit clair ! Dans notre république, la stigmatisation des communautés n’a pas de place. La République est inclusive ; elle est aveugle à l’origine ethnique des individus. La responsabilité des terroristes est et demeure individuelle. Elle ne s’étend pas à leur ethnie « , affirme le général de Brigade Mahamadou ABOU TARKA, président de la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix

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Les attaques se sont raréfiées sur les militaires, mais elles ont redoublé sur les civils. Cette situation a provoqué, je l’ai dit, une catastrophe humanitaire, avec le déplacement des populations, et désorganisé de manière durable les rapports sociaux dans les sociétés affectées. Quelle est la situation aujourd’hui ? et quels sont les défis de la zone ?
C’est à ces questions que nous allons essayer de répondre. Permettez-moi de faire mon diagnostic rapide.
Le premier défi qui découle de cette situation est le défi de la protection des populations. C’est un défi immense qui demande, de notre côté, une réflexion approfondie pour trouver des solutions originales, car on ne peut pas mettre un militaire dans chaque village. Ensuite, il faut reconnaitre que les moyens militaires lourds sont de peu d’efficacité par rapport à des petits groupes de motos qui surgissent de nulle part et qui se dissipent rapidement, se fondent dans la brousse ou se déguisent cyiniquement en civils avec l’objectif de provoquer une réaction violente et indiscriminée des forces de l’ordre contre les populations. Car le but des terroristes est de décrédibiliser l’Etat et ses démembrements, de provoquer des accusations d’exactions pour lier les mains des forces de sécurité, les neutraliser et ainsi les opposer aux communautés.
Leur but est également de montrer aux populations, par des actes de terreur permanents, que l’Etat et les militaires ne peuvent pas les protéger ; de faire en sorte que la seule garantie de sécurité est une soumission à leur volonté. Cette stratégie leur permet de recruter facilement les jeunes de toutes les communautés.

Certes, et cela est indéniable, les principaux lieutenants de Abou Walid Al-Sahraoui étaient tous des Nigériens issus de la communauté peulhe Toleebe, et ce n’est un secret pour personne. Ils s’appellent Adam Dalo ; Goremdji ; Doundou Cheffou ; Petit Chafori ; Issa Baray ; Boubacar Bello et j’en passe.
Mais aujourd’hui, grâce à la terreur exercée sur les villages, des centaines de jeunes des autres communautés les ont rejoint. Les nouveaux chefs de terroristes s’appellent Hamidou Hama dit « Mai Tuwo » qui aura dirigé le massacre de Tchoma Bangou et de Zaroumdarey, et son frère Tondi Hama Wassakoyzé, tous de Ti-n-Gara. Ou encore ceux originaires de Tongo-Tongo comme Della Annabo ; Salifou Mamane ; Kadafignayzé ; Lasso Salay ; Djibo Karimou ; Bouba Ablo ; Hama Djibo ; Yao Ali, tous sont des Zarma. Ce sont des terroristes recherchés.

Au Niger, donc, la guerre qui se déroule est une guerre entre les terroristes et le gouvernement. Ce n’est ni une guerre entre des communautés, ni une guerre dans laquelle le gouvernement défend une communauté et en opprime une autre.
Que cela soit clair ! Dans notre république, la stigmatisation des communautés n’a pas de place. La République est inclusive ; elle est aveugle à l’origine ethnique des individus. La responsabilité des terroristes est et demeure individuelle. Elle ne s’étend pas à leur ethnie.

Le deuxième défi, lié au premier, est de permettre aux populations de regagner leurs villages, leurs campements, leurs lieux de culture et leurs pâturages afin de se soustraire à la dépendance humanitaire et de reprendre leur sort en main ; bref de développer leur résilience. Car l’expérience de la région de Diffa nous montre que les camps de réfugiés deviennent très vite des repères des terroristes, des bandits et des voleurs.
Nous ne voulons pas rééditer dans la zone de Tillabéri l’erreur de la région de Diffa.
Certes, nous avons besoin de l’appui des humanitaires. Mais notre objectif est de reconquérir les territoires vidés par les populations, de les y protéger, de les aider sur place par des projets de développement en améliorant leur sort et en faisant reculer la pauvreté. Ceux qui font commerce de la misère de déplacés ne nous rendent pas service.

Pour relever ce défi de sécuriser les populations et la protection des villages, il convient de réfléchir aux types de missions que l’on doit donner aux forces de sécurité intérieure et les distinguer des actions d’envergure guerrière que l’on demande aux forces armées qui doivent affronter l’ennemi et le traquer dans ses derniers retranchements.

Le troisième défi est de lancer rapidement, à cause de la situation, les projets de développement dans la zone en commençant par réhabiliter, sans délai, les services sociaux de base, accompagner la réouverture des écoles, reconstruire les infrastructures, redémarrer les activités économiques ; bref, faire revivre les communautés.
Ce troisième défi est bien compris par nos partenaires de l’Alliance du Sahel et le projet de forage, financé par l’AFD que la HACP mène conjointement avec les forces de l’opération
« Almahaw » en est un exemple concret.

Il faut commencer à répondre à ces trois défis tout en combattant les groupes armés. Il faut les rechercher, les poursuivre sans relâche dans leurs bases, les annihiler et leur interdire le terrain.
Pour ce faire, il faut renforcer la coordination entre l’administration et l’armée, entre les forces de sécurité départementales et l’armée.
L’armée doit être en relation avec les chefs coutumiers, avec la population.
Les forces armées ont besoin des connaissances que l’administration a des communautés. La consultation entre les militaires et les gouverneurs, entre les militaires et les préfets doit être permanente. Cette guerre se déroule au sein des populations.

Comme nous disons dans le jargon militaire, ce sont les populations qui sont le centre de gravité de cette guerre. Les terroristes ne cherchent pas seulement à tuer des militaires. Ils cherchent surtout à contrôler les populations. Ils cherchent à instrumentaliser les frustrations de certaines communautés qui sont vues comme négligées par l’Etat. C‘est dans ces communautés fragiles que les terroristes recrutent. Ils cherchent à creuser un fossé encore plus grand entre ces communautés et l’Etat, entre ces communautés et l’armée.

Nous sommes en compétition avec les terroristes pour les cœurs et les esprits des populations. Nous sommes en lutte pour garder la loyauté des populations. Cette loyauté, ne vous trompez pas, ira à celui qui est capable de les protéger, de leur garantir la quiétude et la sécurité.

L’histoire nous enseigne que les guerres dans lesquelles les populations sont impliquées, peuvent être longues et difficiles. Ces luttes ne se réduisent pas seulement à la dimension militaire, elles revêtent toujours un caractère global et multidimensionnel. C’est un combat dans lequel l’amélioration du sort de la population contribue à la victoire. Au contraire, la précarisation des populations ou leur installation trop longtemps dans des camps des réfugiés favorise le développement de la criminalité, affaiblit les capacités de résilience de communautés et rend les individus vulnérables.

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs, je ne souhaite pas que la présence des autorités soit un obstacle à la parole libre.
Nous avons invité les représentants de la population dans toutes ses composantes afin que nous puissions conduire des discussions franches, sans peur, sans préjugés, et personne ne sera inquiété pour ses opinions.
Dites-nous vos problèmes !
Proposez-nous des solutions !
Aidez-nous à comprendre encore mieux la situation !
Aidez-nous à vous aider ! ».
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Ahmadou Atafa

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