Par Aghali ALLOILI
À l’instar des autres localités du Niger, Badaguichiri, commune rurale du département d’Illéla, dans la région de Tahoua, est confrontée au phénomène des violences basées sur le genre (VBG), un véritable fléau social. Mais loin de se résigner, la population des Adarawas (habitants de l’Ader-Tahoua) s’est organisée pour qu’à terme, plus aucun danger ne plane au-dessus d’une femme ou d’un enfant. Une chaîne d’acteurs de premier plan agit en continu pour prévenir et protéger contre les VBG. Nous avons été à leur rencontre.
Selon un article du très regretté Dubois Touraoua, publié le 7 juillet 2011 dans le journal Le Sahel, « Badaguichiri est l’une des 265 communes que compte le Niger […] À 535 km de la capitale, elle se situe à l’est du chef-lieu de la région […] La localité regorge d’énormes potentialités : les vallées de Badaguichiri et Lassa, le grand marché du bétail, des sites de culture de contre-saison et des bas-fonds favorables aux cultures irriguées. »
La ville est bondée, presque surpeuplée. Le jeudi, jour du marché à Badaguichiri, chacun s’adonne à une activité sous la forte chaleur du mois de mai. Autant de véhicules que d’hommes, et une ambiance de déjà-vu. Le marché se trouve au centre de la ville et constitue le point de rencontre de toutes les grandes artères qui desservent la localité. Ici agissent plusieurs acteurs : autorités communales, police, gendarmerie, agents de santé, en coordination avec le comité villageois de protection de l’enfant (CVPE), sous la conduite de la direction départementale de la population, de l’action sociale et de la solidarité nationale. Leur noble mission : mettre les femmes et les enfants à l’abri des violences basées sur le genre.
Un état des lieux à la croisée des chemins
Dans cette localité, les violences basées sur le genre ne sont pas visibles en surface, mais elles persistent encore. Des cas de viol sur mineur, des coups et blessures aggravés sont rapportés. Rien qu’au cours du mois dernier, « un cas de viol a été recensé, contre dix sur l’ensemble de la période 2024-2025 », a confié la directrice de la population, de l’action sociale et de la solidarité nationale d’Illéla, Zeïnabou Yacouba.
Ces violences ont un allié : le mutisme des victimes et de la population. « Notre grand défi face aux VBG est le silence. Lorsqu’une fille est victime, elle se replie dans le silence sous prétexte des liens de parenté ou de voisinage », assure Habi Illiassou, une grand-mère qui a besoin de sa canne pour se déplacer et qui est membre du CVPE.
Depuis le lancement de la cimenterie de Badaguichiri, les violences basées sur le genre connaissent une recrudescence. Selon le secrétaire général de la commune rurale, cette activité a attiré plusieurs non-nationaux. « Il y a des chauffeurs de plusieurs nationalités », a fait savoir Abdoulaye Mahamadou, assis dans son bureau. Pour lui, cette situation explique les chiffres de ces dernières années.
Les acteurs face au danger
Malgré ces multiples défis, la réponse des acteurs est de plus en plus audible. Les autorités locales ont créé le comité communal de prévention (CCP) face aux VBG, afin de garantir la protection de l’enfant. Ce comité centralise tous les acteurs pour les orienter. Cette centralisation autour du CCP permet d’organiser efficacement la riposte, et de mener à bien les séances de sensibilisation que le CVPE réalise lors des différents rassemblements.
Toutes ces actions sont possibles grâce aux formations de renforcement des capacités qu’organise périodiquement l’État, avec le soutien de ses partenaires techniques et financiers. « Nous bénéficions de trois à quatre formations de renforcement des capacités », s’est réjoui Rabiou, un autre membre du CVPE. Pour lui, ces formations sont une bouée de sauvetage qui leur permet de mieux appréhender les violences basées sur le genre.
Les VBG restent encore un problème entier à Badaguichiri. C’est pourquoi les autorités de la commune et les acteurs continuent, sans relâche, la sensibilisation des communautés et la prise en charge adéquate des victimes et des survivantes des VBG. Un combat difficile, mais nécessaire.



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