Qnet au Niger : un piège sans fin

Au Niger, au moment où l’État fait des pieds et des mains pour agrandir l’assiette de ses recettes internes et ainsi faire face à ses dépenses de souveraineté, une société dénommée Qnet se fait tranquillement une grosse fortune  sur le dos des populations nigériennes à travers un violent et rusé marketing de commerce en ligne.

Travaillant dans la discrétion à Agadez comme d’ailleurs partout au Niger, Qnet saigne les Nigériens en toute quiétude en leur miroitant la berlue des millions de commissions.

A Agadez, Qnet amasse de l’argent sans un égard à l’endroit du service des impôts du Niger qui ignore jusqu’à leur existence. Comment fonctionne la société Qnet ? Où vont les placements d’argent des adhérents de Qnet ?

De quelles complicités jouit Qnet pour exercer royalement dans ce domaine que d’aucuns appellent  » la plus grosse arnaque des temps modernes » ? Aïr Info a mené l’enquête à Agadez au nord du Niger. C’est tout simplement choquant. 

 

« Cela  fait 10 mois qu’une amie m’a approché pour verser 400.000 FCFA à une société dénommée Qnet qui ferait de moi une millionnaire. J’hésitais beaucoup au début mais comme elle insistait tellement, à la limite me harcelait, j’ai discrètement vendu mes bijoux en or et versé l’argent. Dix mois ont passé aujourd’hui sans que je n’aie reçu un seul produit de leur part. Lorsque je demande à mon amie ce qui se passe, elle me dit toujours de patienter et que ça viendrait par DHL Niamey. Je crois que j’ai perdu bêtement mon argent ».

Le récit de cette jeune fille, dupée par celle en qui elle croyait, lève le voile sur le business de Qnet à Agadez.  Elle n’est pas la seule dans cette infortune. Ils sont nombreux. Ils se taisent parce qu’ils se rendent compte bien après qu’ils ont été dupes de croire à un mirage.  A l’insu de l’État, et de leur famille respective, plusieurs centaines de nos compatriotes tombent dans les abysses mafieux du gain facile.

Qu’est-ce que QNET ?

Qnet, c’est une activité de vente en ligne. Elle trouve sa définition dans les termes de Mohamed Lamine, un jeune financier de la fonction publique, contacté par Aïr Info : «  On peut schématiser les activités de Qnet comme une pyramide au sommet de laquelle se trouvent  les concepteurs et leurs plus proches collaborateurs, puis aux flancs de ceux-ci les précurseurs qui ont propulsé le réseau et enfin à la base la masse populaire qui fait des pieds et des mains pour faire adhérer des amis, parents et connaissances aux fins des commissions ». Ce que conteste M. Idrissa, responsable Qnet d’Agadez : «  Rassurez-vous ! Qnet, c’est une entreprise multinationale qui a fait ses preuves partout pas seulement à Agadez ! On entend beaucoup de choses sur Qnet mais nous on se focalise seulement sur la réalité. Vous ne pouvez pas comprendre tout de suite Qnet ! Il faut que je vous explique longuement mais maintenant je n’ai pas le temps ». Mais H. A., un jeune étudiant qui a infiltré le réseau d’Agadez est catégorique à ce sujet : « Qnet n’est rien d’autre qu’une forme d’arnaque moderne qui profite à ceux qui sont au sommet de la pyramide ».

Structure pyramidale ? Ce que réfute vigoureusement dans une lettre rendue publique M. Joshua Purushotman, directeur des Relations Publiques de Qnet à Hong Kong, après la suspension de Qnet au Burkina Faso : « Nous ne sommes en aucune manière une structure pyramidale. Nos représentants indépendants (RI) achètent et facilitent la vente des produits QNet. La commission qu’ils perçoivent de cette vente est le profit du détaillant. Nos produits ont des volumes d’unités de commissionnement (VUC) qui permettent aux RI de percevoir des commissions sur la vente de nos produits. Le paiement de ce type de commissions est généralement accepté partout dans le monde et même dans les pays comme Singapour, la Malaisie, et les Philippines où il existe des lois qui régulent l’industrie de vente directe. Ces plans de commissionnement sont parfaitement acceptables ». Un autre promoteur de cette société à Agadez persiste et signe : « Qnet est la fille de son temps. Seuls ceux qui ne connaissent rien à Internet voient mal nos activités. Nous sommes les détaillants des temps modernes ! ».

Liste de produits vendus par Qnet – Photo : D.R

Ce que confirme M. Alhousseini Chehou, représentant de QNET au Niger, lors d’une interview publiée sur le compte Facebook de Qnet Niger : « Nous sommes dans un monde où dans quelques années même votre baguette de pain, vous l’achèterez par internet. Sachez que 9000 adhérents font confiance à QNET au Niger ».  Et pourtant cette société qui a changé de nom trois fois est interdite en Europe, aux USA. Tous les sites de Qnet sont en anglais et ne s’intéressent guère à nos pays. Pour être à l’aise dans son travail, la société Qnet  jette son dévolu sur des pays aux législations poreuses comme le nôtre.

QNET, une phobie de la visibilité

Avoir  l’adresse de QNET à Agadez n’est pas chose aisée.  Aucune enseigne n’indique leur siège qui se trouve au quartier Oumardan Maghas. Est-ce normal ? « Oui ! » répondent ses promoteurs car disent-ils : « les fonds qui auraient pu servir pour la publicité et l’entreposage sont directement redistribués aux clients qui ne sont rien d’autres que nous-mêmes les promoteurs ». Ainsi, expliquent-ils : « la vente directe élimine les coûts liés au recrutement et à la formation mais aussi les dépenses de publicité en lui substituant le bouche à oreille. Donc en un mot, « nous avons toujours plus de gains pour partager au profit des revendeurs de nos produits QNET ».

Mais en réalité, d’après les investigations menées par Aïr Info, cette société n’aime pas de visibilité à cause du fisc. Le service des impôts d’Agadez contacté par nos soins ignore l’existence de Qnet. « Pour être imposé, il faut avoir un numéro d’identification fiscal (NIF), avoir une adresse visible, faire des déclarations de revenus…etc », nous explique un agent des impôts. Ce qui n’est pas le cas de Qnet à Agadez.

Notre enquête nous confirme quand même que Qnet possède une autorisation d’exercice attribuée par le ministre de finances. Mais cela suffit-il pour qu’elle exerce dans l’anonymat foulant royalement du pied les bonnes règles qui encadrent les sociétés au Niger ? Et pourtant, Qnet gagne beaucoup d’argent.

Un scénario intelligent pour gagner de l’argent

Pour connaître QNET, il faut d’abord y adhérer. Le montant dû est de 400.000 FCFA. Après avoir signé des papiers, dont le contenu ne vous sera pas expliqué à fond, vous devenez alors un Networker ou Game Changer. Vous bénéficiez d’une formation dite de marketing au cours de laquelle, vous apprenez les techniques de vente mais surtout ce qu’on appelle « la philosophie de la motivation ». C’est une formation capitale pour la survie et la bonne marche de Qnet, car c’est au cours de cette dernière que les individus acquièrent la motivation. Un travail psychologique sera opéré sur vous par des leaders formateurs. Des vrais tribuns. Ils vous montrent que  Qnet est le seul facteur de richesse, la seule clé du succès. Pour pallier toute éventuelle prise de conscience de votre part, ces formateurs vous font savoir que malgré les difficultés, vous devez persévérer. Ils vous disent déjà que les gens vous critiquerons mais que vous ne devez rien considérer à part ce que vous enseigne le Business Qnet. Par le truchement d’un marketing violent et agressif, le réseau de Qnetistes vous envahisse partout jusqu’à vos derniers retranchements. Ce qui des fois brise des foyers et des amitiés.

La farandole des illusions

Avec une phraséologie typique et des noms bien étudiés tels que : Leader- Game Changer -Big Menager, Mentor, Elite…, la société Qnet vous abonne à sa spirale d’illusions. Celle d’être un millionnaire qui verra ses chiffres d’affaires grossir chaque semaine. Qnet bannie l’échec dans la vie, elle promet que l’engagement à ses côtés promeut toujours ceux et celles qui osent. « Soyez attentifs et saisissez l’opportunité qui s’offre à vous », « Ce n’est pas la peur qui est à blâmer, mais l’ignorance qui engendre cette dernière », « Ceux qui vous critiquent aujourd’hui seront humiliés par votre richesse demain ».

A Agadez, des telles phrases dites avec emphase font alors rêver tout le monde. Les moins jeunes, les jeunes et même les personnes âgées se bousculent pour adhérer à Qnet. C’est devenu de la folie. Comme dans un bal où l’on se donne la main en sautillant de joie mais ruminant la colère d’avoir été trompé par celui à qui l’on croyait. Les adhésions continuent alors que d’autres attendent encore leur produit commandé. « J’ai payé depuis longtemps mais j’attends jusqu’à présent mon produit de Qnet», reconnait Hadizatou.

Pour ne pas baisser les bras et devenir le mauvais agent, on cherche à tout prix d’autres adhérents. Les Networkers sont pris comme dans une nasse. Ils ne peuvent plus s’en sortir sans qu’ils ne jettent en pâture ceux qu’ils aiment à l’appétit glouton de Qnet.

QNET, une captation de l’argent frais

Plusieurs centaines de personnes ont versé leur argent à Qnet. Et d’après nos renseignements non encore confirmés par Qnet, rien qu’à Agadez, les adhérents avoisineraient un millier de personnes. Et sur le plan national plus de dix-mille personnes. Tous ceux-là ont été poussés vers Qnet par des amis, des parents et des connaissances. Généralement des personnes auxquelles l’on croit. Ces personnes, pour fructifier leur placement d’argent dans l’achat du produit Qnet, passent leur temps à chercher d’autres clients. Mais en réalité, ce que tous les adhérents ignoraient au départ, ce qu’il n’y a aucune plus-value sur la vente du produit Qnet. « On nous envoie des produits chers comme des montres, des bracelets, des produits dits BIO, …etc. et que nous n’arrivons même pas à écouler. Le bénéfice que nous allons avoir ne provient pas de la vente du produit en lui-même mais plutôt du recrutement d’autres nouveaux membres, c’est à dire nos parents, nos amis et connaissances », nous confie un networker de Qnet.

L’appétit effréné de commissions aidant, vous tombez dans le piège de Qnet. Ceux que vous avez recrutés vont vouloir en recruter d’autres dans le sillage de leur propre galaxie. Toujours le même objectif. Recruter dans le même réseau pour prétendre à une quelconque commission. Pour mieux comprendre, votre journal Aïr Info vous explique le mécanisme. Lorsque vous adhérez à Qnet, il vous faut aussi faire adhérer au moins six (06) personnes dans votre réseau. Trois (03) à gauche et trois (03) à droite. Cela vous fait gagner 6.000 Business Volume (BV). Sachant qu’une (01) personne entrée fait gagner à son envoyeur 1000 BV. Donc trois  (03) à gauche (3 x 1000 BV) et trois (03) à droite (3 x 1000 BV) donnent 6.000 BV. Ce qui vous fait gagner comme commission la somme de 120.000 FCFA.  En sachant que chaque adhérent paie 400.000 FCFA.  Donc, en plus de vous et les six (6) autres, Qnet reçoit 400.000 x 7= 2.800.000 FCFA dans lesquels, elle ne vous reversera que 120.000 FCFA. Faisons un simple calcul. En tablant sur la probabilité du millier d’adhérents d’Agadez en raison de 400.000 FCFA chacun, Qnet engrange 400.000.000 millions de FCFA. Rien qu’à  Agadez. A ce montant, on va déduire les reversements de 120.000 FCFA de commissions à chacun de networker qui a créé son réseau de trois (3) à gauche et trois (3) à droite. Sur 1000 personnes, ils seront au maximum 167 Networkers qui auront sur leur compte 120.000 FCFA de prime d’incitation. Une somme de 20.000.000 FCFA en gros. Donc sur l’apport de 400.000.000 millions, Qnet Agadez se retrouve avec 380.000.000 FCFA de vente de produits volontairement commandés par l’adhérent. Et si chacun de 9000 adhérents du Qnet  Niger a payé 400.000 FCFA, la société a engrangé alors 3 milliards 600 Millions de FCFA. En un mot, l’argent gagné par Qnet échappe au contrôle de l’Etat du Niger. C’est de l’argent frais non imposé qui est versé en devises locales sur le compte du Big Manager basé à Hong Kong.

Qnet gagne beaucoup d’argent dans les placements des adhérents

Outre cette saignée, rappelons-le ! Les produits Qnet ne souffrant sûrement d’aucun paiement de TVA arrivent directement aux consommateurs. Ils ravissent ainsi la palme du moindre coût aux produits de supermarchés importés. Même les sociétés locales d’entreposage et de livraison de marchandises sont menacées par le système d’écoulement de Qnet.

Des aveux édifiants sur la saignée orchestrée par QNET

Au moment où nous mettons sous presses à Agadez, Qnet continue de faire saigner les gens surtout les femmes. «  Qnet a fait pression plusieurs mois durant à ma femme et moi pour adhérer. Ils nous ont promis qu’en versant 950.000 FCFA, avec le système de 3 à droite et 3 à gauche, nous gagnerons 50 millions de FCFA d’ici un an », affirme un jeune chef d’entreprise.

La stratégie de Qnet est efficace. Ses promoteurs cherchent d’abord à coopter des sommités, des gens connus pour appâter leur entourage. M. A, une grande artiste nigérienne le reconnaît : « J’ai reçu toute une délégation de Qnet chez moi. Connaissant le nombre de mes followers, ils ont tenté de m’enrôler mais j’ai refusé sous prétexte que mon mari me l’interdit. Et quand j’ai vu qu’ils sont venus voir mon mari pour ça, je les ai chassés ».

Les autorités nigériennes doivent prendre ce problème au sérieux

Qnet est en train d’étendre son réseau un peu partout au Niger et commence à gagner même le monde rural. Des pauvres éleveurs et agriculteurs vont bientôt commencer à s’y intéresser et vendre le peu de têtes d’animaux qu’ils ont pour verser l’argent à ces « Faiseurs de miracles ».

Pour pallier cela, des actions d’information et de sensibilisation s’avèrent urgentes. Les autorités régionales  d’Agadez en particulier et du Niger doivent rapidement regarder ce qui se passe autour de cette histoire de Qnet. Oui, chercher à y voir clair et situer les  responsabilités si jamais un cas d’arnaque des populations ou de contournement de fisc est avéré.

Les autorités des pays voisins comme la Guinée et le Burkina l’ont fait, qu’attendent alors les nôtres ?

Enquête réalisée par Ibrahim Manzo DIALLO

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