Niamey : la marche de la colère

La marche de l’opposition politique a drainé plusieurs milliers de manifestants ce matin à Niamey. Elle a été organisée par le Front pour la Restauration de la Démocratie et la Défense de la République. Y étaient présents plusieurs acteurs de la société civile. A cette occasion le président Mahamane Ousmane a lu la déclaration qui suit :
——–
« Mesdames et Messieurs les leaders des partis politiques
Militantes et militants du FRDDR et des autres fronts
Nigériennes, Nigériens
Mes chers Compatriotes

Les peuples qui assument leur souveraineté pour s’affranchir des dictatures multiformes et pour conquérir des espaces de liberté qui garantissent l’exercice de leurs droits, ont, par devoir, à rendre hommages à ceux qui leur ont permis d’atteindre cette étape.
Aussi, voudrai-je exprimer toute ma reconnaissance : d’abord, à tous ceux qui ont sacrifié leurs vies pour la construction des fondations d’un Etat démocratique et républicain au Niger ; ensuite, à tous ceux qui, simples citoyens, partis politiques, organisations de la société civile, hommes de médias et autres leaders d’opinion qui se battent vaille que vaille pour la consolidation de cette démocratie et de cet état de droit ;
enfin, à tous ceux qui, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, présents ici pour signifier leur rejet de la mauvaise gouvernance et de la remise en cause des acquis démocratiques acquis de haute lutte par le vaillant peuple nigérien.

De manière toute particulière, je voudrais également saluer le dévouement au service du drapeau national de nos Forces de Défense et de Sécurité. En effet, au quotidien, les forces de défense et de sécurité, en tout lieu et en tout temps, souvent au péril de leurs vies, œuvrent inlassablement à la défense de l’intégrité du territoire national et à la préservation de notre souveraineté.

Nigériens, Nigériennes
Mes chers Compatriotes

La conduite chaotique du processus électoral passé ayant pour conséquences l’installation d’institutions en manque de légitimité, l’institution d’une gouvernance polarisée, partisane et clanique ainsi que l’amateurisme grossier qui caractérise la gestion des affaires publiques sont des preuves tangibles de l’incapacité du pouvoir actuel à répondre aux aspirations légitimes du peuple nigérien.

Ces tares ont eu sur la vie de notre nation un impact négatif profond. Elles ont fait régresser notre pays de plusieurs années, compromettre les embellies économiques qui s’annonçaient, et annihiler les avancées majeures en matière de justice, de paix, de démocratie, de liberté et de cohésion sociale enregistrées depuis la Conférence Nationale Souveraine.
Pour arriver à ce triste bilan, le clan du Président Issoufou Mahamadou a conçu et mis en œuvre une stratégie de démantèlement systématique des fondements de la démocratie et de l’Etat de droit, dès son installation au pouvoir en 2011.
C’est dans cette logique de déstructuration qu’il faut inscrire et comprendre : le concassage anticonstitutionnel et illégal des partis politiques de l’opposition, opération qui a porté un coup sévère sur le dynamisme, la vitalité et la crédibilité de la démocratie nigérienne ; les très grandes accointances évidentes entre le pouvoir politique, la Cour constitutionnelle et le système judiciaire ; en attestent les multiples interpellations de l’Exécutif par les syndicats de la Magistrature ; la gouvernance subjective et patrimoniale en rupture totale avec les valeurs et les normes démocratiques et républicaines.

Toutes ces raisons expliquent pourquoi le Niger végète encore dans :
une spirale de régression économique et sociale sans précédent qui malheureusement condamne notre pays au rang d’éternel dernier en termes d’indice de développement humain (IDH);
les violations systématiques et répétées des libertés publiques notamment d’opinion, d’association et de presse ;
le harcèlement permanent et l’incarcération des leaders des partis politiques de l’Opposition, des leaders de la société civile et autres acteurs sociaux; l’iniquité délibérée d’accès aux médias publics ; la banalisation systématique de la corruption et la généralisation de l’impunité et des crimes économiques ;

la politisation à outrance de l’administration publique ;

la promotion de la culture de la médiocrité, du clanisme et du clientélisme ;
l’affaiblissement et l’amorphie des Institutions de la République qui sont ainsi vidées de leurs prérogatives constitutionnelles ;
la violation de la Constitution de la République dans nombre de ses dispositions, notamment celles garantissant les droits et libertés des citoyens, la souveraineté nationale, ainsi que celles consacrant la séparation des pouvoirs.

Nigériens, Nigériennes,
Mes chers Compatriotes,

Le Niger va mal aujourd’hui!
La jeunesse nigérienne est confrontée aujourd’hui à des problèmes cruciaux d’éducation, de santé, de formation professionnelle et d’emploi. Les seules alternatives qui lui sont imposées malgré elle, sont la consommation de la drogue, la dépravation, la violence, l’exode rural, l’immigration internationale avec son cortège de malheur au péril des vies des jeunes.

Au niveau des équipements, la gestion de la 7eme République est caractérisée par le mauvais choix des investissements et l’inefficacité de la dépense publique. C’est ainsi que :
le barrage de Kandadji demeure encore un mirage ;
la centrale Goroubanda est l’illustration d’une inefficacité énergétique notoire ;
le chemin de fer Niamey-Dosso est un gouffre financier ;
l’arrêt du projet Imouraren illustre l’inefficacité notoire du gouvernement à négocier. Notre environnement au Niger est très dégradé et les politiques du gouvernement en matière de transition écologique sont très timides et nettement en deçà du minimum requis pour inverser la tendance.

L’eau, qui devrait constituer la priorité des priorités pour ce Niger sahélien, désertique et enclavé n’a pas fait l’objet durant les 7 ans du régime de la 7eme République d’une attention à la hauteur des défis relatifs à la production, à l’emploi, à l’alimentation, à l’hygiène, à la santé et à l’environnement.

Nigériens, Nigériennes
Mes chers Compatriotes

Tous les cadres et mécanismes permanents de concertation, de prévention et de règlement pacifique des crises institutionnelles ou des conflits politiques ou sociaux sont :
soit non fonctionnels comme le Conseil de la République,
soit en panne comme le Conseil National de Dialogue Social (CNDS),
soit bloqués comme le Conseil National de Dialogue Politique (CNDP) actuellement
Tout cela, du seul fait du gouvernement.
Quant au blocage du CNDP, notamment la question de la peine au niveau de l’article 8 du code électoral initialement prévue de trois (3) ans par les représentants du gouvernement au comité technique, avant la décision de justice sur le dossier dit de « supposition d’enfants », la peine dis-je, est ramenée maintenant à un (1) an par les représentants du gouvernement du seul fait, de par la compréhension générale, que notre frère Hama Amadou serait concerné.

Mes chers Compatriotes

La loi doit être impersonnelle. Si une loi ne doit pas être faite pour une seule personne, elle ne doit pas non plus être faite contre une seule personne surtout du fait des considérations politiciennes.

Mes chers Compatriotes

Un autre danger auquel ce régime expose notre pays est la tendance à la banalisation et à la liquidation du pouvoir judiciaire par l’Exécutif en lui donnant très peu de moyens et le plaçant dans de mauvaises conditions de travail.
L’absence de justice et d’équité dans un pays conduit à de graves frustrations et des risques de révolte et de débordements incontrôlables. En effet, les privilèges indus, les passe-droits, l’impunité et comme l’ont constaté les syndicats des magistrats, les cas répétitifs :
de résistance à l’exécution de décision de justice, de refus d’obtempérer aux décisions de justice sont devenues des sports favoris de certaines autorités administratives et politiques de la 7eme République.

Cette tendance à la banalisation de la justice a des conséquences à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Au niveau intérieur elle peut entrainer des frustrations, de la révolte et des menaces à la paix sociale ;
Au niveau extérieur, elle décourage les partenaires extérieurs au développement aussi bien publics que privés qui, ne pouvant trouver des garanties de sécurité à leurs investissements, vont bouder notre pays et aller dans des pays offrant une sécurité judiciaire.

Mes chers Compatriotes

Nous sommes au regret de constater que notre pays se trouve manifestement sous une gouvernance désastreuse sur tous les plans politique, économique, culturel et sécuritaire.
Cette gouvernance désastreuse est constatée :
au niveau national par chaque citoyen nigérien dans sa vie quotidienne sur les plans privé, professionnel et social ;
au niveau international par des experts indépendants du fait du classement du Niger au dernier rang des pays de la planète à travers l’indice de développement humain pendant 7 ans durant.

Nigériens, Nigériennes,
Mes chers Compatriotes,

Il est donc impératif que les forces vives du pays, les acteurs de tous bords de la scène politique, économique et sociale fassent de la défense des acquis démocratiques leurs préoccupations premières.
C’est la condition permettant de créer un environnement politique, économique, social et culturel apte à garantir la stabilité politique et institutionnelle, le progrès économique et la paix sociale dans notre pays.
Il convient dès lors de :
privilégier les intérêts supérieurs du Niger en se fixant comme objectifs la consolidation sincère de la paix et le progrès socio-économique. Notre pays ne peut se porter bien dans ce contexte de clientélisme politicien, d’exclusion, de marginalisation de certaines catégories socio-économiques et politiques, d’exacerbation d’antagonismes de toute nature, générateurs de frustrations et d’insécurité de toutes sortes ; rétablir toutes les Institutions de la République dans leurs prérogatives constitutionnelles et respecter le principe de la séparation des pouvoirs ; créer les conditions d’une décrispation réelle de la vie politique et sociale afin de rétablir et renforcer la confiance des nigériens entre eux-mêmes, la confiance entre les citoyens et les pouvoirs publics et la confiance entre le Niger et ses partenaires au développement ; restaurer les bases d’un dialogue politique et social permanent et serein, en vue d’un retour à des rapports sains entre les acteurs de la vie socio-politique nationale ; respecter et faire respecter les principes de la bonne gouvernance dans tous les domaines de la vie politique, économique, sociale, culturelle et institutionnelle.
Mesdames et messieurs les leaders des partis politiques
Nigériennes, Nigériens
Mes chers Compatriotes

Le FRDDR réaffirme sa conviction que seule l’organisation d’un dialogue inclusif entre nigériens en présence de grands témoins permettra d’assurer la mise en œuvre effective de toutes les décisions qui en seront issues.
C’est pourquoi, il réaffirme sa disponibilité pour la survenue effective d’un tel type de dialogue au Niger pour l’intérêt de tous.

Ensemble, nous le pouvons !

Ensemble nous le devons !

Pour nous-mêmes et pour les générations futures.

Vive le FRDDR !
Vive la DEMOCRATIE ET LA REPUBLIQUE !
Vive le NIGER ! « 

A propos de DIM 225 Articles
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