COVID-19 : les impacts de la crise freinent le développement humain au Niger

De par le monde, la crise sanitaire liée à la COVID-19 a touché quasiment tous les secteurs depuis son avènement. Cette crise a eu des répercussions considérables sur la vie socioéconomique de l’homme un peu partout.

Au Niger, le bien-être de la population, déjà fragilisé par d’autres maux, dont l’insécurité, a été négativement impacté par cette crise intensifiant, de ce fait, le niveau de la pauvreté. A cela s’ajoutent quelques facteurs naturels qui compliquent davantage la situation.

Selon un rapport de la Banque Mondiale sur la situation économique du Niger, publié en fin juillet dernier, la crise sanitaire et celle sécuritaire ont eu des conséquences négatives sur la situation de la pauvreté. Cette situation risque de compromettre les avantages tirés des années passées en termes de renforcement de la croissance économique, a indiqué le rapport.

A cet égard, la double situation (sanitaire et sécuritaire) en cours au Niger, couplée aux chocs environnementaux, affecte le bien-être de la population. Une situation économique du pays a démontré que la crise sanitaire a déjà entrainé une baisse de revenu par habitant de 0,3% et une augmentation de 1,3% de la proportion de la population vivant avec moins de 1,9 dollar américain (environ 1 000 F.CFA), soit environ 400 000 nouveaux pauvres en 2020.

Au cours des dernières années, la croissance réelle s’est établie à 5,9% en 2019, mais rabaissée à 3,6% en 2020, en raison de la pandémie et des attaques terroristes de plus en plus violentes, déplore la Banque Mondiale.

Déclenchée par des ruptures d’approvisionnement et « des comportements spéculatifs », combinés à des pénuries alimentaires, l’inflation, quant à elle, est passée à 3,4% en 2020 alors qu’elle était de -2,5% en 2019, selon toujours les statistiques de la Banque Mondiale.

La COVID-19 amplifie la pauvreté 

Dans ce contexte de crise, une analyse portée, par l’institution internationale, particulièrement sur la situation de la pauvreté, a révélé des impacts graves sur les revenus des ménages et prévoit un accroissement accru de la pauvreté dans l’avenir. Déjà, les gains « durement acquis » dans la lutte contre la pauvreté ont été annulés, a indiqué le rapport. Les revenus des ménages ont subi des coups augmentant la pauvreté de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 41,7% avec les effets des différents chocs liés à la pandémie de la COVID-19. Du confinement à l’arrêt des activités dans certains secteurs, en passant par la réduction du temps de travail, ou les pertes d’emploi, et les restrictions des mouvements des biens et des personnes liées à la fermeture des frontières (terrestres et aériennes), ces chocs ont basculé plus de 400 000 personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté. Ce nombre devrait augmenter, en 2021, de 200 000 personnes extrêmement pauvres, du fait de la forte croissance démographique qu’enregistre le pays, prédit la Banque Mondiale.

Le bien-être de la population menacé encore par d’autres facteurs

En dehors de la crise sanitaire, cet accroissement de la pauvreté risque de s’empirer avec d’autres facteurs intervenant suite à la détérioration continue des conditions climatiques, notamment les inondations qu’enregistre le pays. Pour rappel, entre août et septembre 2020, les inondations ont causé d’énormes pertes et dommages qui ont engendré une crise humanitaire ayant touché au moins 600 000 ménages et entrainé des pertes socioéconomiques d’environ 90 millions de dollars de pertes pour le secteur agricole qui est l’un des principaux secteurs d’activités du pays. Et en cette saison hivernale 2021, avec des pluies torrentielles qui ont commencé à s’abattre par endroits, la situation de la pauvreté risque d’exaspérer davantage. Ce qui troublerait encore plus le bien-être de la population.

Les experts chargés des prévisions saisonnières des caractéristiques agro-hydro-climatiques de la saison des pluies pour les zones soudanienne et sahélienne ont prédit, en fin mai dernier, que la saison pluvieuse 2021 serait globalement humide avec des quantités de pluies équivalentes ou supérieures aux moyennes saisonnières de la période de référence 1981-2010 sur le centre-est du Sahel, sur lequel se situe le Niger. Ces pluies pourraient provoquer des dégâts avec les inondations. Cela semble déjà commencer à se réaliser. En effet, selon la Direction Générale de la Protection Civile (DGPC), à la date du 10 août 2021, les pluies (de la saison hivernale 2021) ont fait 52 morts et 36 blessés ainsi que de nombreux dégâts matériels et des pertes agricoles et animales à l’échelle nationale. Tout cela, relevant des catastrophes naturelles, peut encore apporter un coup dur aux populations dans leur situation « mal aisée ».

Un rebondissement de l’économie espéré à l’horizon 2023

En dépit de cette situation économique poignante, le rapport de la Banque Mondiale laisse espérer un rebondissement de l’économie d’ici fin 2023. Grâce à la réouverture des frontières, à la reprise des grands projets d’investissement et à la normalisation d’autres chaines d’approvisionnement, l’économie devrait rebondir en 2021 avec une croissance de 5,5%, a noté le rapport. Cette croissance, prévoit-il, pourrait même atteindre 10% en 2023, grâce notamment à la production pétrolière.

Avec cette lueur d’espoir, ce ne serait donc qu’à la fin 2023 que « le nombre de pauvres commencera à baisser tout en restant à un niveau élevé de celui d’avant la crise de COVID-19 ».

La mise en place d’un plan de réformes vivement recommandée

Pour atténuer les effets de la crise sanitaire sur l’économie, la Banque Mondiale recommande au Niger de mettre en place d’un plan de « réformes audacieuses », soutenu par les partenaires internationaux. Ce plan de reformes doit être structuré en trois (3) étapes et étalé comme suit :

A partir de 2021 et au-delà, le défi consistera à combiner un soutien continu à l’économie tout en faisant face à des niveaux d’endettement plus élevés qu’avant la pandémie ;  à court terme, la priorité devrait être donnée aux dépenses de santé, notamment au déploiement des vaccins, tout en maintenant un soutien budgétaire bien ciblé sur les ménages et les entreprises formelles les plus touchées par la crise ;   à mesure que la situation se normalise, il est essentiel de maintenir la viabilité des finances publiques en augmentant la mobilisation des ressources intérieures et en renforçant l’efficacité des dépenses, notamment les dépenses d’investissement dans les secteurs stratégiques pour le développement durable tels que l’éducation, la santé ou l’agriculture.

La réduction des inégalités : un objectif stratégique.

Selon l’institution financière internationale, dans ce contexte, « il est essentiel que le ralentissement de la croissance des revenus ne produise pas de dommages permanents et ne compromette pas la dynamique de progrès ».

Le Niger disposant d’une marge de manœuvre limitée pour atténuer l’impact de la pandémie, la Banque Mondiale fait des recommandations selon lesquelles il faudra donner la priorité à certains secteurs afin d’inverser la tendance.  Elle recommande au Niger de s’adapter à la détérioration continue des conditions climatiques qui augmentera son exposition à des chocs plus profonds pour la population et pour l’économie ; gérer sa richesse potentielle provenant de l’augmentation de la production pétrolière de manière productive et transparente, en évitant les pièges auxquels de nombreux autres pays africains ont été confrontés ; améliorer  la prestation des services de base, en particulier la santé et l’éducation, ainsi que la qualité des infrastructures pour une population plus nombreuse que celle d’aujourd’hui.

Face aux multiples effets de la pandémie de la COVID-19, couplés à ceux de la situation sécuritaire, le Niger souffre d’un ralentissement des activités économiques incluant la quasi-totalité de ses ménages. En revanche, pour aider l’économie à se relever et redresser, un tant soit peu, le bien-être de la population, les activités doivent être centrées en grande partie sur les services sociaux et les infrastructures tout en veillant sur l’exploitation et la gestion des richesses existantes, sans, bien entendu, perdre de vue la gestion de la pandémie de COVID-19.

Ahmadou Atafa

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Article écrit et publié dans le cadre du projet Covid-19 Response in Africa mis en œuvre par le consortium composé de International Media Support et de Free Press Unlimited et financé par l’Union Européenne.

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