Opinion : La France, une puissance aux abois

Après les événements de Kaya et Tera, un profond désarroi s’est décidement emparé des cercles du pouvoir à Paris; et c’est aujourd’hui la ministre française des armées, Florence Parly, qui a donné la mesure de ce désarroi. En marge du forum de Dakar sur la sécurité, la patronne des armées françaises, répondant aux questions des journalistes de RFI et France 24, soutient clairement que son pays fait tout pour que les russes, et notamment Wagner, ne prennent pas pied au Mali. Elle compte non seulement sur les pays européens, partenaires de la France, mais aussi sur les pays membres de la CEDEAO, pour faire un maximum de pression dans ce sens.

Ainsi donc, les Maliens n’ont pas le droit de faire venir chez eux qui ils veulent; et surtout pas des « compétiteurs » décidés à contrebalancer l’influence de la France. Les propos de Mme Parly ont le mérite de la clarté; d’abord, parce qu’elle parle de compétiteurs, acceptant par là-même qu’au Mali, il y a une compétition entre des puissances toutes intéressées par quelque chose. Ensuite, parce qu’elle affirme clairement que son pays fera tout (tout c’est tout) pour empêcher l’arrivée de Wagner, et même de l’armée russe, excluant implicitement la perspective d’un départ de Barkhane, désormais décriée.

La France, sous le règne de Macron, est vraiment aux abois; elle travaille à sa propre perte et à celle de ses meilleurs alliés dans la région. Elle ne se rend pas compte que les discours empreints d’arrogance comme ceux de Parly écornent la fierté des Sahéliens; tout comme elle ne se rend pas compte que le plus mauvais service qu’elle puisse rendre à ses « amis » au pouvoir est de les engager dans des diatribes oiseuses contre ceux qui s’opposent à sa présence militaire au Sahel. Elle ne voit pas ce que tous ses partenaires internationaux, à commencer par les autres puissances occidentales, voient clairement; à savoir l’échec évident de son projet de maintenir les pays sahéliens dans les chaînes de la dépendance.

Comme l’a dit un fin observateur, avec des tels discours, les autres « compétiteurs » n’ont pas besoin d’orchestrer une campagne de désinformation sur l’action de la France au Sahel. Le gouvernement français fait déjà très bien le boulot; et il mérite, à certains égards, tous nos encouragements. Les Sahéliens savent désormais que la France, même si l’on concède qu’elle n’est pas de mèche avec les groupes qu’elle qualifie de terroristes, se préoccupe davantage de l’arrivée sur le terrain des autres compétiteurs que de la sécurité des populations; et on peut parier que beaucoup sont conscients qu’elle pourrait être tentée de tout faire, y compris transformer le Sahel en nouveau théâtre de confrontation entre puissances, pour garder ses positions.

Moussa Tchangari

 SG Alternative Espaces Citoyens

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