Niger/Justice : L’affaire Ministère de la Défense Nationale (MDN) classée ?

Selon une ordonnance (lire fac-similé) du doyen des juges d’instruction, l’Etat du Niger renonce à sa constitution en partie civile dans l’affaire des malversations ayant entaché la gestion du ministère de la défense nationale.

Cette décision serait la conséquence logique d’une série de transactions entre les personnes mises en cause dans l’affaire, presque tous des fournisseurs et prestataires bien connus dudit ministère, et l’Etat du Niger représenté certainement par un de ceux auxquels il appartient. La décision n’a pas trop surpris les observateurs avisés de la scène judiciaire; mais, elle a choqué plus d’un, en particulier tous ceux qui ont cru que l’effronterie des politiques a tout de même une certaine limite.

A travers cette décision de renonciation à leur constitution en partie civile, les autorités en place n’envoient pas seulement un mauvais signal quant à leur volonté de lutter contre la corruption; elles défient également les citoyen(ne)s de ce pays meurtri qui ont été scandalisés d’apprendre que des milliards de francs CFA destinés au ministère de la défense ont profité, en partie, à des individus bien connus.

La série de transactions dont fait cas l’ordonnance du doyen des juges d’instruction, même si elle est légale selon certains connaisseurs, n’est pas opportune; elle insulte la conscience et l’intelligence de tous.

Aussi, eu égard à la gravité de cette décision de renonciation, qui aurait pu avoir tout son sens si l’Etat était une personne ordinaire, il est temps que les Nigérien(ne)s se mobilisent pour contrer la perspective sombre d’un classement de fait du dossier des malversations mises à jour au ministère de la défense nationale; car, même s’il est vrai que la renonciation par ceux qui se sont appropriés l’Etat ne signifie pas forcément l’enterrement du volet pénal de l’affaire, il est désormais légitime de penser que, sans une pression populaire forte, la justice risque de s’endormir tranquillement sur les souffrances causées par cette affaire, l’une des plus graves jamais enregistrées dans ce pays.

Moussa Tchangari

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