Le Sahel, « mine d’or » des djihadistes

Au Sahel, l’augmentation de la production aurifère profite aux groupes terroristes qui y voient une source de financement et un terrain de recrutement.

Depuis la découverte d’un filon saharien s’étendant du Soudan jusqu’en Mauritanie, le taux de production d’or au Sahel a largement augmenté. Un rapport du World Gold Council (2022), organisation de développement du marché pour l’industrie de l’or, répertorie respectivement le Burkina Faso, le Mali et le Niger à la 3e, 4e et 13e place du classement des plus gros producteurs d’or d’Afrique.

Les mines d’or sahéliennes sont partagées entre exploitation industrielle licenciée et minage artisanal clandestin. L’exploitation industrielle est majoritairement réservée à de grandes entreprises étrangères. Cette exclusivité, couplée aux difficultés inhérentes à l’obtention d’un permis minier poussent les exploitants artisanaux dans l’illégalité. Sans la protection d’un cadre légal, les ouvriers sont exposés à de multiples facteurs de risques et sont susceptibles d’être expulsés des sites miniers. Ils dépendent d’une économie souterraine contrôlée, pour la majorité, par des groupes de crime organisé transnationaux.

L’or profite au crime

L’or constitue une « valeur refuge » très attractive pour les criminels souhaitant blanchir de l’argent. Il offre l’anonymat nécessaire pour disposer facilement d’actifs financiers à l’échelle mondiale et peut aider à dissimuler le transfert et l’investissement de profits illicites. L’ONU définit le trafic d’or comme « l’importation, l’exportation, le traitement, l’achat, la vente ou le transport de l’or sous forme naturelle, transformée ou manufacturée, sans autorisation légale ou sans obtention de licence (…), ou en ayant connaissance que l’or en transit a été obtenu ou exporté illégalement d’un autre pays ». En outre, l’or exporté au-delà des frontières est transformé en « marchandise légale » pouvant être investie dans d’autres activités criminelles.

Au-delà des possibilités de blanchiment, les groupes terroristes profitent de l’exploitation artisanale de plusieurs façons. En imposant une présence menaçante autour des exploitations aurifères et des routes principales, les groupes armés inspirent la terreur et prennent le contrôle de la production d’or artisanale. Cette « toute puissance » leur permet de prélever une taxe obligatoire, exigée des mineurs en échange de protection et de permis de miner. Sous couvert de « zakat », ces paiements ne sont qu’une source de financement du terrorisme.

Le secteur aurifère, terrain de recrutement pour les « djihadistes »

Le « boom » de la production d’or au Sahel offre de nouvelles opportunités de recrutement pour les « djihadistes ». Profitant de l’aura de leur présence armée aux alentours des sites miniers, ils opèrent des campagnes de propagande directes auprès des ouvriers.

Le marché de l’or artisanal est un facteur aggravant dans la recrudescence d’actes violents au Sahel et participe à la montée en puissance du terrorisme. Pour tenter d’inverser la tendance, les États Sahéliens gagneraient en sécurisant les zones aurifères. Une politique de limitation du trafic d’or dans les pays concernés profiterait sûrement aux populations les plus vulnérables. Selon l’ONU, la formalisation de l’exploitation aurifère artisanale et le renforcement des contrôles douaniers sont deux mesures essentielles pouvant contribuer à vaincre le terrorisme.

 

Omar Sylla

Contributeur Aïr Info 

A propos de Ahmadou Atafa 489 Articles
Journaliste Fact-checker - Blogueur - Communicateur basé au Niger.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*