Au Burkina Faso, une crise humanitaire sans précédent ?

En 2024 au Burkina Faso, 6,3 millions de personnes sont dans le besoin. Présente depuis quelques années déjà, la crise humanitaire dans le pays se dégrade fortement.


  • Par Omar Sylla

17 millions de personnes touchées par la crise humanitaire au Sahel, et la population du Burkina Faso ne fait pas exception. L’instabilité politico-sécuritaire en est la première cause. Selon le Premier ministre, « l’État ne contrôle que 65 % du territoire ». Dans la zone des trois frontières en particulier, les conditions de sécurité restent très versatiles. Les forces armées et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) peinent à endiguer la violence des conflits.

L’absence de contrôle des autorités en place incite d’autant plus les populations à fuir. Au 31 mars dernier, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) dénombre plus de 2 millions de déplacés. Selon son rapport de situation d’avril 2024 : « Plus de 29 000 nouveaux déplacements ont été rapportés dans les régions de l’Est et la Boucle du Mouhoun, incluant 9 000 personnes déplacées des communes de Doumbala et Tansila […] ».

L’insécurité alimentaire, hydrique, mais aussi les difficultés sanitaires, d’accès à la santé et à l’éducation concernent la majeure partie des Burkinabés. Fin mars, le rapport statistique de l’Éducation en Situation d’Urgence dénombre 5 400 structures éducatives fermées sur l’ensemble du territoire. D’après OCHA, 2,3 millions de personnes se trouvent en situation d’insécurité alimentaire, dont 9 000 en malnutritions aiguës en janvier 2024 dans le Centre-Nord et Centre-Ouest du pays.

Les acteurs internationaux dénoncent également une crise de l’eau qui ne cesse de s’aggraver depuis 2022, en particulier dans les régions de la Boucle de Mouhoun. Les pratiques d’hygiène en sont très négativement impactées. Dans les villages, cela expose les familles à un risque d’épidémie. À cela s’ajoutent les sabotages des points d’eau : de janvier à septembre 2022, une cinquantaine d’attaques privait 839 230 personnes de leurs points, selon l’ONG Alliance Internationale WASH.

Les nombreux déplacements réduisent également la disponibilité de l’eau, tout en augmentant le temps d’attente lors de l’approvisionnement.

Les ONG dépassées par l’insécurité

De nombreux engagés dans la cause sont des habitants locaux et régionaux. S’ils ne sont pas directement ciblés, ils se retrouvent souvent victimes collatérales des attaques. Certaines ONG déplorent un abandon des civils en zone de conflit. Solidarités International témoigne des difficultés rencontrées au Liptako-Gourma : « Il faut sans cesse négocier avec les militaires et les divers groupes armés pour réussir à accéder aux populations. Certaines bases ne sont plus accessibles par la route. Trop de risques d’attaque ou d’engins explosifs sur les axes routiers. »

Le service aérien humanitaire de l’ONU continue de répondre aux besoins des personnes en zones difficiles d’accès. Fin décembre, ses actions ont repris en direction de la ville de Djibo : 790 tonnes de vivres ont alors pu être acheminées vers Pensa et 250 vers Djibo.

Omar Sylla, contributeur Aïr Info 

A propos de Ahmadou Atafa 486 Articles
Journaliste Fact-checker - Blogueur - Communicateur basé au Niger.

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