Crise pastorale au Niger : les éleveurs d’Agadez au bord du gouffre

Les éleveurs de la région d’Agadez sont aux prises avec une période de soudure particulièrement difficile cette année. C’est la conséquence d’une sévère sécheresse qui a non seulement réduit les pâturages mais aussi favorisé l’émergence de maladies affaiblissant le cheptel.

La situation est dramatique dans toutes les communes de la région. Chaque jour, des animaux s’effondrent sous les yeux impuissants des éleveurs, qui sont témoins de la disparition de leur unique moyen de subsistance. Les appels désespérés se font entendre de toutes parts.

Sur les antennes de nos confrères de la radio Nomade FM, Ghabidine Aghali, chef du village de Metchiyassene dans la commune d’Ingal, décrit la situation comme « alarmante », avec un manque de pâturage généralisé et une population désemparée.

La catastrophe est d’une ampleur considérable, portant un coup dur aux communautés d’éleveurs et fragilisant leurs capacités à survivre. Un peu partout, les carcasses d’animaux jonchent le sol et ceux qui survivent se vendent à des prix dérisoires sur les marchés. Selon Akidima Gani, un ancien élu de la commune de Danat, « sur les marchés d’Arlit et d’Agadez, un chameau ne se négocie qu’entre 100 000 et 150 000 FCFA, tandis que le petit bétail se vend même à 2 500 FCFA ».

Des animaux affaiblis au marché d’Agadez

Une crise silencieuse

La situation affecte profondément le mode de vie de ces pauvres éleveurs, mettant en péril leurs moyens de subsistance, leur sécurité alimentaire et leur bien-être économique. Partout, ils sont désemparés, confrontés quotidiennement à des pertes.
Dans la localité d’Illa (département d’Aderbissanet), par exemple, « la situation est telle que les animaux survivants tentent de se nourrir des restes en décomposition, faute d’herbe. Nous les brûlons pour éviter la mauvaise odeur », affirme Adoum Mahmoudan, chef dudit village. Il mentionne également que les chamelles et les vaches n’ont plus de lait et sont trop faibles pour être transportées au marché d’Abalama où elles se vendaient.
Au grand marché à bétail d’Agadez, la détresse est palpable, avec l’abattage quotidien de ruminants affaiblis.

Cadavres d’animaux brûlés pour empêcher les autres de les manger face à la sécheresse

Hamad Moussa, représentant des éleveurs à Agadez, exprime son incompréhension face à ce qu’il appelle l’indifférence des autorités : « Les éleveurs traversent une période de soudure extrêmement difficile et sont contraints d’accepter des prix injustes pour leurs animaux ». Il insiste sur le fait que les éleveurs se sentent abandonnés par l’État malgré la disponibilité annoncée des aliments pour bétail.

Cette période de soudure représente un véritable défi pour les éleveurs qui endurent des difficultés, tandis que les commerçants prospèrent sur les marchés et les autorités gardent le silence.

Nombre d’observateurs plaident pour la mise à disposition d’aliments pour le bétail au moment où les éleveurs en ont grandement besoin.

Le représentant des éleveurs à Agadez appelle à une action urgente de l’État et de ses partenaires pour éviter une catastrophe imminente. « Une intervention d’urgence est nécessaire, car les éleveurs ne peuvent même pas se permettre d’acheter ces aliments, même à un prix modéré. Si nous n’agissons pas rapidement, ce qui reste du cheptel périra ».

Restant de la paille sous pression, un défi supplémentaire

À cette crise sans précédent, exacerbée par une sécheresse sévère, s’ajoute une pression supplémentaire : l’exploitation commerciale de la paille restante. Des dizaines de charrettes et des camions prélèvent de manière anarchique ce fourrage vital dans le département d’Aderbissinat, notamment près de Tiguidit, exacerbant la pénurie pour les éleveurs locaux.
Cette ressource vitale, normalement utilisée pour nourrir le bétail pendant les périodes de soudure, est désormais soumise à une demande croissante sur le marché. Son exploitation pour répondre à cette demande représente un défi supplémentaire pour les éleveurs en détresse face à la sécheresse et au manque de pâturage.

Contacté par Aïr info, le service d’élevage de la région dit être « à pieds d’œuvre pour confirmer ou non la véracité de toutes ces images de morts d’animaux qui inondent les réseaux sociaux ». En effet pour le directeur régional de l’élevage d’Agadez, « nous recevons chaque semaine des rapports des différents départements de la région, mais à cette date (Ndlr 29/05/2024), nous n’avons pas encore ces détails alarmants. Nous vous tiendrons informés ».

La gravité de la crise pastorale nécessite une réponse rapide et coordonnée pour éviter un désastre humanitaire. Les éleveurs d’Agadez, déjà éprouvés par des conditions climatiques extrêmes et une insécurité alimentaire croissante, ne peuvent supporter seuls ce fardeau supplémentaire. Leurs voix résonnent comme un cri de détresse dans le désert, attendant des secours avant qu’il ne soit trop tard.

Issouf Hadan & DIM
Aïr-Info 

A propos de Ahmadou Atafa 471 Articles
Journaliste Fact-checker - Blogueur - Communicateur basé au Niger.

1 Comment

  1. Déjà que les sédentaires partent ramasser la paille pour venir la vendre en ville sans aucune compensation aux nomades notamment l’ensemencement du sol pendant l’hivernage par le ministère de l’agriculture et de l’élevage, les agents de ce ministère ont du mal à mettre une stratégie pour soutenir les éleveurs en pareilles circonstances. On ne pas laisser le cheptel mourir de cette manière.

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