Niger : Transparency International s’inquiète de la modification de la loi sur la cybercriminalité et dénonce une mesure « liberticide »

L’Association Nigérienne de Lutte contre la Corruption, section de Transparency International Niger (ANLC/TI-Niger), a exprimé, le 20 juin, de profondes préoccupations suite à la modification de la loi réprimant la cybercriminalité au Niger. Pour l’organisation, cette mesure, jugée « liberticide », menace la liberté d’expression et la liberté de la presse, et va à l’encontre des engagements internationaux du Niger.

La modification opérée par le chef de l’État, le général Tiani, rétablit les peines d’emprisonnement pour les délits de diffamation, d’injures et de diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public ou de porter atteinte à la dignité humaine.

« En réintroduisant des peines d’emprisonnement pour des infractions liées à la cybercriminalité, l’ordonnance soulève des inquiétudes quant à la liberté d’expression et à la protection des droits fondamentaux de nos concitoyens », déclare l’ANLC/TI-Niger dans un communiqué.

Pour l’organisation, il s’agit d’une « mesure liberticide » qui « risque de restreindre la liberté d’expression, la liberté de la presse et l’accès à l’information ». Cette répression pourrait, selon elle, « étouffer la voix des citoyens et entraver le développement démocratique du pays ».

Violation des engagements internationaux

Transparency International, section Niger, a rappelé que le général Tiani s’était engagé, lors de sa prise de pouvoir, à respecter toutes les conventions internationales et nationales ratifiées par le Niger. Cependant, indique l’association, l’ordonnance qu’il a signée le 7 juin dernier « est en contradiction avec ces engagements, notamment en ce qui concerne la protection des droits numériques et la garantie d’un espace d’expression libre et ouvert ». Des droits, souligne l’association, garantis par l’article 19 du pacte international relatif aux droits civils et politiques. Cet article garantit notamment la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations sans considération de frontières.

Un coup pour la liberté de la presse et la démocratie

Transparency International a également soulevé des inquiétudes quant aux effets de cette loi sur le travail des journalistes. « Déjà, plusieurs journalistes ont été arrêtés pour avoir exercé leurs fonctions d’informer les citoyens. D’autres risquent de s’autocensurer par crainte des sanctions pénales », avertit le communiqué signé par le président de l’Association, Maman Wada. « La liberté de la presse est un pilier essentiel de toute société démocratique, et nous devons veiller à ce qu’elle soit préservée ».

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L’ANLC/TI-Niger redoute, par ailleurs, que cette mesure n’ouvre la voie à « l’instauration d’une pensée unique » ou au « culte de la personnalité » au Niger. L’organisation encourage ainsi « le dialogue et la pluralité des idées », soulignant que « la diversité des opinions et des débats est essentielle pour une société dynamique et éclairée ».

L’association appelle ainsi à un retour rapide à l’ordre constitutionnel, assurant que « seules des institutions démocratiques et républicaines peuvent garantir le respect des droits, partant de la dignité humaine ». L’association exhorte les citoyens nigériens à rester vigilants et engagés pour un Niger où justice, transparence et bonne gouvernance prévalent.

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Journaliste Fact-checker - Blogueur - Communicateur basé au Niger.

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