Fatchima, 13 ans, sauvée du mariage forcé grâce au dialogue communautaire

Baouréwa, petit village de la commune rurale de Koleram à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Zinder. Ici, le temps semble s’écouler au rythme des habitudes. Pourtant, derrière ce calme apparent, une histoire récente a profondément marqué la communauté : celle de Fatchima.

‎Ce jour-là, rien ne laissait présager le bouleversement à venir. Comme à son habitude, la jeune fille rentre de l’école avec ses camarades, insouciante. Mais en quelques mots, tout bascule. « Future mariée ! », lancent des membres de sa famille aussitôt qu’elle franchit la porte de sa maison. Fatchima s’arrête net. Elle ne comprend pas. Très vite, la réalité s’impose : sans qu’on ne lui ait rien dit, son mariage a été décidé.

‎Le choc est brutal. À seulement 13 ans, elle fond en larmes. Les jours passent et la douleur s’installe. « Depuis que j’ai appris la nouvelle, je n’ai pas arrêté de pleurer. J’ai cessé de sortir, je n’allais plus à l’école », raconte-t-elle, aujourd’hui encore marquée par ce souvenir. Assise aux côtés de sa mère sur un sac de plastique qui fait office de natte, sa voix reste empreinte d’émotion.

‎Dans la cour familiale, la décision semble pourtant déjà scellée. Son père l’a promise à l’un de ses cousins. Lorsqu’elle se tourne vers sa mère pour protester, la réponse est sans appel : « Ce mariage a été discuté par les hommes ». Une phrase qui en dit long sur le poids des traditions dans cette petite contrée du département de Mirya.

‎Et pourtant, Fatchima a d’autres rêves. Élève en classe de CM2 au moment des faits, elle s’imagine plutôt devenir agent de santé ou institutrice pour aider son village. Mais face à la décision familiale, ses ambitions semblent soudainement hors de portée.

‎Les jours passent, lourds et silencieux. Fatchima se replie sur elle-même. Elle ne sort presque plus, si ce n’est la nuit, lors de discrètes balades avec des filles de son âge. C’est dans ces moments d’échange que la situation finit par franchir un cap : l’information parvient au Comité villageois de protection de l’enfant (CVPE) par l’intermédiaire de la coordinatrice.

Le village de Baouréwa

‎À Baouréwa, ce comité existe depuis près de quatorze ans. Alertés, ses membres réagissent sans tarder. Le chef du village, qui en assure également la présidence, convoque le père de Fatchima avec qui une petite ruelle sépare sa maison de la sienne. L’entretien commence calmement, mais le ton devient vite grave. Face au père de la fillette, il expose les conséquences du mariage des enfants : complications sanitaires, risques pour la mère et l’enfant, déscolarisation, instabilité sociale.

‎« C’est une perte énorme pour toute une communauté », insiste-t-il, entouré de quelques membres du comité, assis sur des chaises à l’entrée de sa concession. Pour lui, il n’y a pas de doute : à 13 ans, la place d’une fille est à l’école.

‎Mais la discussion est loin d’être simple. Le père, Sitou Mamane, homme au visage grave et un couvre-chef sur la tête, vit mal la résistance de sa fille. Son autorité est mise à l’épreuve. Dans un premier temps, il s’en prend à son épouse, qu’il accuse d’être à l’origine de la contestation. « J’ai voulu la répudier », reconnaît-il aujourd’hui.

La situation reste tendue, jusqu’à un moment clé : la Khoutba (prêche du vendredi).

‎Ce jour-là, à la mosquée du village, l’imam Malam Ibrahim, personnalité au corps svelte aborde frontalement la question du mariage des enfants. Sans condamner explicitement la pratique, il insiste sur des principes essentiels : le consentement, la maturité, le bien-être de la jeune fille. Son message résonne dans toute la communauté.

‎Peu à peu, les lignes bougent. La pression sociale change de camp. Finalement, une décision est prise : le mariage est reporté. Fatchima pourra choisir elle-même, à 18 ans, si elle souhaite se marier.

‎Aujourd’hui, trois ans ont passé. Fatchima a 16 ans. Elle est en classe de 4e et a repris le cours de sa vie. Dans la concession familiale, l’atmosphère s’est apaisée. Le père continue de s’occuper de son troupeau alors que la mère s’adonne quotidiennement aux tâches ménagères aidée par sa fille, quand celle-ci n’est pas sur ses cahiers. « La relation avec ma femme et ma fille s’est davantage solidifiée », confie son père. Sa mère, elle, ne cache pas son soulagement : « En refusant ce mariage, la vie de ma fille a été sauvée ».

Fatchima regarde désormais vers l’avenir. Son rêve est intact.

Dans le village, cette histoire a laissé des traces. Pour le chef du village, elle doit servir d’exemple. « Nous espérons que ce cas puisse être le dernier », affirme-t-il.

‎Au-delà de cette intervention, le comité poursuit son travail. Sensibilisation, médiation, mais aussi accompagnement économique : des activités génératrices de revenus (AGR) sont proposées aux adolescentes, comme la fabrication de pommade ou d’encens, avec un appui financier pour le démarrage.

‎« C’est tout un mécanisme de protection », explique, fort de ces expériences, Ibrahim Lado Moussa, animateur communautaire à Koleram qui nous a accueilli à l’entrée du village.

Mis en place par la Direction nationale de la protection, de l’action sociale et de la solidarité avec le soutien des partenaires dont l’UNICEF, ce dispositif montre ici toute son efficacité. Rappelons que l’Unicef avec l’appui financier des fonds Allemands BMZ accompagnent le gouvernement du Niger dans sa politique de protection des droits des enfants notamment les filles.

A Baouréwa, il a permis de changer le destin d’une adolescente qui a failli basculer. Et peut-être celui de toute une génération.

Aghali ALLOILI

2 Comments

  1. Damn shame Ubuntu have not evolved out of like belittling of girls actions on basis of legality or/ plus morality. Adults should marry adults. When I was teenager my mother with my father being dead arranged marriage for me with to be bride, her parents plus me in agreement. Marriage did not ever come about due to cause not ever revealed to me to this day not even by would have been bride that vanished from my sight for almost 30 years. Upon leaving prison after being given parole I visit my parole officer as obligated to find it was my to had been bride 28 years past once we became adults. She had United States military disposition about her but I did not ask nor did I ask why she disappeared without saying anything to me. Bitch!!!
    Still I hold adults marry adults.
    We are our Brothers’ keepers. Africa First People of Books.
    Henry Author Price Jr aka Kankan

  2. Bonjour,
    Merci d’utiliser les bons mots et de ne pas minimiser l’horreur de la pédocriminalité : Fatchima est une enfant, une petite fille, une fillette, mais certainement pas une jeune fille

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