Nommé ce dimanche ministre délégué à la Défense, Gildas Agonkan n’est pas un inconnu dans les arcanes diplomatiques régionales. Ancien ambassadeur du Bénin au Niger, il prend les rênes d’un portefeuille stratégique alors que les relations entre Cotonou et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Burkina Faso, Mali, Niger – restent fragilisées par la fermeture des frontières et la montée des menaces terroristes. Sa double compétence, diplomatique et sécuritaire, pourrait faire de lui l’artisan d’un tournant décisif.
Diplomate de terrain, Gildas Agonkan a sillonné le Niger à une époque où la coopération bilatérale était fluide. Il connaît les acteurs, les sensibilités politiques et les défis concrets de la région sahélienne. Cette connaissance intime du voisin nigérien – aujourd’hui pivot de l’AES – lui confère une légitimité rare pour renouer le fil d’un dialogue rompu. Contrairement à une nomination purement politique, celle-ci repose sur une compréhension fine des dynamiques locales, un atout majeur lorsqu’il s’agit de coordonner une lutte transfrontalière contre le terrorisme.
Depuis les ruptures diplomatiques et la fermeture des frontières terrestres entre le Bénin et certains pays de l’AES, les trafics se sont réorganisés et les groupes armés ont gagné en mobilité. Confronté à des incursions djihadistes dans le nord (Pendjari, W-Arly), le Bénin mesure chaque jour le coût de l’absence de coordination régionale. Or, sans réouverture des frontières, impossible de mener des opérations conjointes, d’échanger du renseignement en temps réel ou de sécuriser les zones grises exploitées par les terroristes.
Gildas Agonkan a la lourde tâche de convaincre ses pairs de l’AES que le Bénin n’est ni un adversaire, ni un simple spectateur. Son expérience d’ambassadeur peut servir de levier pour proposer des mécanismes de confiance : patrouilles mixtes, échanges d’officiers de liaison, programmes de développement commun dans les zones frontalières. Plus qu’un ministre de la Défense « classique », il est appelé à devenir un négociateur de la sécurité régionale.
L’impatience exprimée par ces pays frères quant à la réouverture des frontières est légitime. Sans elle, ce sont des milliers de tonnes de marchandises qui restent bloquées, des communautés qui basculent dans l’informel, et des zones entières qui deviennent des sanctuaires pour les groupes armés.
Le temps joue contre la région. Chaque semaine qui passe sans opération conjointe entre le Bénin et l’AES renforce l’emprise terroriste. Gildas Agonkan incarne désormais l’espoir d’une rupture méthodique : mettre son passé d’ambassadeur au service d’une défense proactive et solidaire. Si les conditions sont réunies – réouverture négociée, partage d’informations, actions synchronisées – alors le Bénin pourrait passer du statut de spectateur vulnérable à celui de partenaire clé de l’AES. Les populations, elles, n’attendent que cela : vivre sans peur, frontières ouvertes, mais ennemi commun traqué sans répit.
R. Guidigoro



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