Journée de la Concorde : 23 ans après les accords de paix, quel bilan ?

maha Issouf

Le 24 Avril 1995, les Nigériens ont assisté au palais des congrès et à travers les médias à la cérémonie solennelle de signature des accords établissant une paix définitive entre le gouvernement du Niger et l’organisation de la résistance armée. Cet acte historique marquait la fin d’un conflit qui aura duré cinq longues années. Cinq douloureuses années de notre histoire jalonnées d’esprit de mépris, de haine et de désolation. D’une part, sur le terrain où les abus étaient devenus pratique courante sur les populations civiles mais également dans les villes où les populations sont persécutées et constamment suspectées de complicité avec les insurgés. Grace à la médiation des pays amis et à l’engagement des parties en guerre un compromis a été trouvé. Celui-ci a été consacré par un accord de paix signé ce jour là à Niamey par les deux parties.
23 ans plus tard, sommes nous en droit de nous interroger sur la pertinence et la valeur ajoutée de ce document sur notre pays en général et sur les zones touchées par le conflit en particulier ?
Pour rappel, il est important de souligner que le Niger des années 80 a connu plus d’une décennie de dictature militaire. Une gestion dure et brutale du pouvoir durement ressentie par les populations, chacune dans son contexte social et culturel. L’unité nationale devenue la formule consacrée fut le créneau du pouvoir que chaque citoyen doit intégrer et défendre à tout prix. Tout acte ou comportement jugé incompatible avec l’idée générale est passible de sanction. Cette attitude de persécution permanente est malheureusement vécue plus comme une contrainte majeure qu’un sentiment de citoyenneté naturelle source de fierté et de sécurité.
L’avènement de la décrispation et l’arrivée de la démocratie ont trouvé un pays où certaines populations ont nourri des années durant un esprit de révolte contre la dictature et l’oppression.
A cela s’est ajoutée l’idée de faire usage de la lutte armée pour réparer les injustices sociales et économiques cumulées pendant un tiers de siècle d’indépendance. Ce fut donc le début de la rébellion au Nord Niger pendant que d’autres Nigériens se positionnaient sur d’autres fronts pour arracher la démocratie et la justice.
Il me paraît fort important de faire cette digression pour permettre aux nouvelles générations de comprendre la portée de ces accords de paix.
Le document signé ce jour là devant les Nigériens et la communauté internationale avait deux portées essentielles.
1- Il consacrait le retour de la paix et la réconciliation nationale dans l’esprit du peuple. Il était important pour le gouvernement du Niger et les fronts armés de montrer à la face du monde et des Nigériens que la paix est enfin revenue et que nul ne souffrira désormais de la logique de conflit. Aussi pour donner un caractère fort au document, le texte stipule dans ses principes directeurs que « les dispositions du présent accord lient tous les Nigériens et leurs institutions ».
2- Il portait également trois points forts qui engageaient les parties en conflit et qui se rapportaient essentiellement aux causes profondes de la rébellion armée.
Il s’agit notamment :
• De l’organisation territoriale et administrative.
Les accords prévoient l’érection en collectivité territoriale des régions, départements et communes en un mot de consacrer la décentralisation comme mode de gestion administrative en plus de la déconcentration.
Dans son esprit cette clause vise à responsabiliser les populations en leur permettant de choisir elles mêmes les hommes et les femmes qui auront la charge de gérer leurs affaires.
• De l’organisation des forces de défense et de sécurité.
Les accords prévoient la création des unités à statut militaire particulier dans les régions de l’Aïr, l’Azawak et le kawar, l’intégration des combattants démobilisés dans les corps militaires et para militaires ainsi que la révision à la hausse du contingent des recrues dans les zones touchées par le conflit. Cette clause vise également à rendre responsables les populations concernées pour s’impliquer dans la gestion de la sécurité et réduire par l’occasion le déséquilibre constaté dans les effectifs des FDS.
• Du développement économique et social.
Les accords prévoient d’assurer aux collectivités territoriales la libre gestion de leurs affaires dans le domaine de développement économique social et culturel. Ils prévoient également une politique de rentabilisation de l’élevage et de l’agriculture.
Dans le domaine des mines et de l’énergie les mesures préconisées sont entre autres : la mise en œuvre des mesures incitatives à la création de l’emploi en faveur des populations locales qui bénéficieront d’une priorité dans le recrutement, ainsi que le transfert aux collectivités territoriales d’une partie des ressources nationales générées par l’exploitation minière.
Plusieurs autres mesures sont envisagées dans le domaine du développement social et culturel dont entre autre la multiplication d’écoles à cantine et la promotion du tifinar (alphabet touareg) ainsi que le développement des voies de communication, le tourisme l’hôtellerie et l’artisanat.
Cette clause aussi essentielle que les autres vise à rattraper le retard enregistré sur le plan économique social et culturel.
Voilà donc pour le contenu des accords de paix.
Avec du recul, nous pouvons constater qu’un travail approfondi a été abattu par les deux parties pour permettre au Niger de repartir sur des bases saines. Les clauses relatives à la réinsertion des jeunes pour réduire les disparités ont été courageusement exécutées. La décentralisation a été consacrée par la loi fondamentale.
Pour autant, il est important de souligner que l’exploitation minière en perte de vitesse dans notre pays depuis quelques années n’a pas répondu aux attentes des jeunes. Le recrutement dans les corps militaires et para militaires s’est estompé depuis les premières opérations de réinsertion. Le corps des unités militaires à statut particulier a été dissout. Les voies de communication, l’éducation et la santé ont connu un recul significatif.
Pour comprendre cette situation il est important de reconnaitre que ces accords ont souffert de deux insuffisances majeures à savoir l’absence d’une structure formelle et pérenne chargée du suivi de l’application des accords et un manque de précision sur la longévité de certaines clauses notamment celle relative au recrutement annuel des contingent dans l’armée. Quant aux unités à statut militaire particulier, le Niger aurait gagné un outil efficace dans sa lutte actuelle contre le terrorisme et l’insécurité mais a manqué de courage politique nécessaire pour leur pérennisation et leur consolidation.

Issouf Ag MAHA

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