Niger : pour l’ex-président du conseil régional d’Agadez, Mohamed Anacko, « il ne fallait pas dissoudre les collectivités territoriales »

Dans un entretien exclusif à Aïr Info, Mohamed Anacko, ancien président du conseil régional d’Agadez (CRAZ), a exprimé son vif désaccord face à la dissolution des collectivités territoriales au Niger, notamment des conseils régionaux, annoncée le 4 avril.

Anacko a souligné l’importance de la décentralisation dans l’engagement des citoyens dans la gestion locale, estimant qu’avec la décentralisation, « les citoyens se sentent associés à la gestion de leur chose publique chez eux. » Il a insisté sur le rôle crucial de ces administrations « de proximité » dans la stabilité et le développement, notamment dans la lutte contre l’insécurité et le sous-développement.

Pour l’ancien président du CRAZ, « il ne fallait pas dissoudre les collectivités territoriales, tout simplement, parce que dans le contexte actuel, nos populations ont besoin de leur pouvoir à elles chez elles en vue de faire face à tous les problèmes du moment ». « Si aujourd’hui, le terrorisme est en train de gagner du terrain, c’est tout simplement parce qu’il y a des zones qui ont été oubliées par le pouvoir central ». M. Anacko met en garde contre les conséquences d’une telle mesure, affirmant que cela risque de désorienter les partenaires et de compromettre la gestion efficace des affaires publiques.

« On va désorienter malheureusement tous les partenaires »

« On est très surpris, le 4 avril, de la dissolution des organes issus de la Décentralisation. C’est vrai qu’il y a des insuffisances. Nous [étions] dans un processus de transfert des compétences au moment où ce coup d’État [du 26 juillet 2023] est intervenu. Quand on a eu les premiers échanges avec les nouvelles autorités, elles ont compris de quoi il [s’agissait] et nous ont promis qu’effectivement, elles vont mettre l’accent sur le transfert des compétences. Donc c’est pour ça que je dis qu’on est très surpris d’un coup de revers qu’on dissolve le palier conseil régional. »

Anacko a exprimé son étonnement face à la désarticulation causée par cette décision : « Moi, je pense que le CNSP doit trouver un mécanisme pour que ce palier-là existe. » Il appelle à maintenir les structures décentralisées en attendant la refondation, soulignant l’importance de la continuité administrative pour assurer une transition stable.

« Aujourd’hui, on va désorienter malheureusement tous les partenaires. Et même l’État sera dans l’incapacité aujourd’hui de faire une très bonne gestion de la chose publique. Donc, je pense que le CNSP n’a pas compris cela. Et s’il n’a pas compris, vraiment nous lui demandons de faire en sorte qu’il y ait cette structure, ne serait-ce qu’elle soit administrative en attendant la refondation, en attendant tout ce que nous avons projeté ensemble avec eux [CNSP – NDLR] parce qu’ils ont eu le soutien de toutes les collectivités territoriales. Parce que nous avons adhéré et nous adhérons même maintenant à la marche vers la souveraineté de notre pays. »

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Appel au dialogue et au pardon 

« Mais, on ne peut pas se taire, parce que ce pays nous appartient nous tous. Ces militaires, ils sont bien intentionnés. Il ne faut pas qu’ils glissent dans des travers qui vont faire en sorte que tout ce qu’on a commencé ensemble avec eux soit remis en cause.« 

En perspectives, Anacko a lancé un appel au dialogue et au pardon, affirmant que « les Nigériens doivent se parler, et ils doivent aussi se pardonner. » Il met en garde contre tout écart qui compromettrait les progrès réalisés jusqu’à présent, appelant à une approche concertée et inclusive dans la gestion des affaires publiques.

Ces propos de Mohamed Anacko mettent en lumière les enjeux critiques liés à la décentralisation au Niger et soulignent l’importance de la continuité administrative pour assurer la stabilité et le développement du pays.

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