Crise Niger-Bénin : « On ne peut pas accepter que notre pétrole soit volé par d’autres », déclare le ministre nigérien du pétrole

Le ministre du pétrole s’est assuré de la fermeture complète des vannes du brut nigérien exporté via le Bénin, déclarant que le pays ne peut accepter que son « pétrole soit volé par d’autres ». Selon lui, cette fermeture demeurera tant que le Bénin ne permettra pas à la partie nigérienne d’accéder aux installations de chargement du pétrole. 

Pour protester contre l’arrestation de cinq de ses ressortissants au Bénin, le Niger a décidé de fermer complètement les vannes de son pétrole exporté via le pipeline Niger-Bénin, exploité par la société chinoise WAPCO.

Le ministre du Pétrole, Moustapha Mahaman Barké, s’est rendu, du 11 au 12 juin, à la station initiale de Koulélé pour vérifier la mise en œuvre de cette mesure décidée par le chef de l’État, le Général Tiani.

En cours de route, le ministre, accompagné d’une forte délégation, s’est arrêté à la station de Meleck, où il a constaté que les vannes étaient effectivement fermées depuis le 6 juin 2024 à 22 heures, conformément aux instructions, a rapporté la télévision nationale. Il a également ordonné l’installation de chaînes et de cadenas autour de la vanne, et a remis les clés au responsable de la sécurité du site.

À la station de Koulélé, Moustapha Barké a ordonné la fermeture totale de toutes les vannes. L’action a été immédiatement exécutée, avec l’installation, là également, des chaînes et de cadenas autour des vannes permettant l’exportation du brut.

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Après ces actions, le ministre a donné des consignes fermes au personnel nigérien sur le site, l’avertissant de « lourdes conséquences » en cas du non-respect ».

« Quel que soit ce que ça va nous coûter, nous sommes prêts à assumer », a-t-il déclaré devant le personnel nigérien. « Il ne s’agit pas de penser aux intérêts immédiats. Si ce pétrole-là, nous, nous n’en profitons pas, nos enfants ou nos petits-enfants en profiteront ».

« On ne peut pas accepter d’être assis pendant que notre pétrole est volé par d’autres personnes, parce que nous ne sommes pas présents là où on le charge. C’est ça voler : ne pas être présent là où on le prend », a ajouté le ministre.

« Aussi longtemps que le Bénin et la société WAPCO ne se seront pas entendus pour que le Niger puisse assister au chargement, puisse contrôler ce qu’on charge, nous n’accepterons plus d’ouvrir ces vannes », a-t-il insisté fermement.

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Mahaman Barké a également souligné la responsabilité de chacun de surveiller et de signaler tout problème à ses supérieurs. « De toutes façons celui qui violera ces consignes devra être prêt à en assumer les plus lourdes conséquences. Parce que ça n’a pas été pris à la légère », a-t-il conclu.

Le Niger et le Bénin traversent une crise diplomatique très critique depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger. En cause : la fermeture des frontières. Marquée par le blocage – finalement levé – du brut par le Bénin, cette tension s’est intensifiée ces dernières semaines après l’arrestation de cinq Nigériens au Bénin, accusés d’intrusion frauduleuse sur le site de la station terminale de Sèmè-Podji. En réaction, le Niger a décidé d’interrompre totalement ses exportations de pétrole, estimant que le Bénin viole les accords encadrant le transit du brut. Selon des médias béninois, trois des personnes arrêtées ont été placées sous mandat de dépôt, alors que deux autres ont été libérées après leur présentation au procureur spécial de la CRIET à Cotonou le 13 juin. Initialement accusés de menacer la sûreté de l’État béninois, les trois détenus sont désormais poursuivis pour fausse attestation et usage de faux certificats, selon les informations rapportées par des médias locaux.

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Les autorités nigériennes n’ont pour l’instant pas réagi à cette décision de la justice béninoise. Quelques jours plus tôt, elles avaient dénoncé l’arrestation de mis en cause, qualifiée de « kidnapping » et de « prise d’otage », tout en exigeant leur libération immédiate. Le Niger avait également demandé à la République Populaire de Chine, partenaire stratégique dans l’exploitation du pétrole nigérien, de « prendre ses responsabilités en s’engageant clairement dans le respect de toutes les clauses contractuelles ». La Chine est aussi accusée de jouer un double jeu dans cette affaire.

A propos de Ahmadou Atafa 486 Articles
Journaliste Fact-checker - Blogueur - Communicateur basé au Niger.

1 Comment

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