OPINION : ANNE, MA SŒUR ANNE, NE VOIS-TU RIEN VENIR ?

Je ne vois point le tombeau des djihadistes dont on nous a parlé ! Point, point, nulle part !
Et que vois-tu alors ?
Je vois plutôt le taux de mortalité des civils et des soldats augmenter anormalement, considérablement.
Je vois des milliers de villageois déplacés malgré eux et emmener leurs villages à la ville, Je vois aussi la quasi insouciance des autorités face à cet exode intérieur forcé.
Si tu voyais dans quelles conditions vivent ces déplacés, tu penserais assurément aux images des Ruyingas birmans, aux yeux hagards, fuyant le calvaire imposé par la junte sanguinaire. Ici, c’est à la fois le calvaire et la terreur !
Je vois, hélas ce pays devenir petit à petit un vaste camp de déplacés et de réfugiés, de pauvres hères abandonnés à leur sort, sinon de concentration de tous les malheurs que l’Homme pourrait connaître. Qu’est devenu l’héritage de paix sociale, de cohésion nationale et de souveraineté légué à la Renaissance par ses prédécesseurs ? Qu’est devenue cette vieille politique d’appui et d’assistance aux personnes éprouvées par le malheur ? Aux oubliettes !

Anne, ma sœur Anne, que vois-tu d’autres ?
Je vois aussi que les djihadistes sont quasiment en terrain conquis quand je constate la facilité avec laquelle ils circulent sur des dizaines de motos pour aller donner la mort et revenir en chantant.
Je vois aussi que les autorités ont immobilisé les deux avions de chasse Sukoi, pourtant déterminants dans cette guerre asymétrique.
Je vois l’inertie du gouvernement, qui s’en remet à dès puissances étrangères pour assurer la protection de son territoire, mais qui n’en tire aucune leçon quand on constate la recrudescence des attaques et des deuils.
Tu parleras certainement de complicités locales, mais que dire quand l’on détourne les fonds officiels alloués à la soldatesque au combat, ou quand l’aviation nationale n’est pas au rendez-vous de l’histoire de son pays ?
Car, lasses de compter sur les Occidentaux, au Burkina voisin, les autorités ont, elles, finalement libéré toute l’artillerie, aussi bien l’armada terrestre qu’aérienne, jusqu’aux missiles, pour non seulement démontrer aux assaillants que seul l’État doit avoir le monopole de la violence légitime mais aussi pour remonter le moral des populations et de l’armée en attente d’initiatives alternatives.
Je vois finalement, ma chère sœur, que tout est question de volonté politique, d’affirmation de la souveraineté et de recherche de partenariat et de coopération fiables contre cette hydre aux mille tentacules, au service de certains intérêts mesquins, dont le moindre n’est pas le dépeçage du Sahel, du Niger notamment.
. Continuité, inertie ou changement ? Un choix politique nécessaire et souverain à faire si l’on a vraiment, réellement, pour projet de faire du Niger le tombeau des djihadistes ! »

Par Dr Souley Adji

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